‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 109 sur 440 · Q. IL de Malo, art. 4, ad · texte numérisé non relu

Q. IL de Malo, art. 4, ad

Telle est donc la première conclusion thomiste : Le principes les plus généraux de la loi de nature sont les

mêmes pour tous, en droit et en fait, en eux-mêmes et

dans la connaissance qu’on en a.

1. — A l'égard des conséquences immédiates, très générales encore, de cesprincipes premiers, saint Thomas s'exprime avec précaution, les appelant ici quasi-conclusions ; ailleurs, tantôt conclusions, tantôt principes". C’est qu’en effet, ces conclusions-là ont leur évidence propre, ainsi qu’il a été dit, et elles portent en soi de

quoi se faire universellement reconnaître. Seulement,

dans la mesure où elles s’éloignent de la source toute première des certitudes pratiques, une certaine relativité s’introduit en elles. Et cette relativité est double ; elle a rapport à l’ordre objectif autant qu’à l’ordre subjectif.

En effet, dans l’ordre spéculatif, c’est la quasi-équi-

valence de l’axiome avec la définition essentielle qui

fait, nous disait-on, la certitude de l’axiome, et c’est l’équivalence du jugement portant sur cet axiome avec l'appréhension simple qui fait sa certitude subjective *. Proportionnellement, dans l’ordre pratique, l’évidente certitude d’un précepte tient, objectivement, à la quasiéquivalence de ce précepte avec ce premier cri de la nature : Sois ce que tu es, et, subjectivement, avec la nécessaire adhésion à soi-même en tant que raison agis-

sante.* Mais alors que dans l’ordre abstrait cette équi-

valence se poursuit à travers les conclusions, même lointaines, parce que rien que d’essentiel et de nécessaire n'intervient : au contraire, dans l’ordre pratique, et, d'une façon générale, dans l’ordre du contingent, là où

4. Cf. Ie IIæ, Q. XCIV, art. 1, Comment. Cajet, n°1 2. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. II, p. 187; La Vérité des Principes.

3. ( Quædam enim sunt leges quæ ipsi rationi sunt inditæ, quæ sunt prima mensura et regula omnium humanorum actuum ; et hae nullomodo deficiunt, sicut nec regimen rationis deficere potest ut aliquando esse non debeat. In IILI Sent., Dist. XXXVII, Q. I, art. 3.

la mie et 1 con bas matérielles viennent en jeu, la déficience s’introduit de plus en plus, à à mesure qu'on

s'éloigne de l'essence. Il s’ensuivra que dans certains : cas, cela ne sera plus à faire qui, envisagé en général, paraissait évidemment juste, et que, subjectivement, cela pourra ne paraître point juste qui est cependant à faire.

8. — Les exemples donnés par saint Thomas sont des plus topiques. C’est, ici, le cas des anciens Germains qui innocentaient le brigandage. Ce sera, ailleurs, celui des platonisants sodomites', etc. Ces exemples de déviations dites swbjectives sont prises de l’ordre social pour montrer que les sociétés aussi sont des sujets, et qu’elles se trouvent exposées à toutes les aberrations que le sujet occasionne.

Quant aux motifs, saint Thomas les ramène à trois: la passion, motif individuel de soi, mais qui peut devenir collectif par contagion et corruption du milieu social ; l'habitude perverse, qui s’introduit chez les individus ou dans les groupes, dépravant le jugement selon la loi psychologique si souvent rappelée d’après Aristote : Tel on est, tel vous apparaît le but à poursuivre; enfin, les mauvaises dispositions naturelles, héréditaires ou acquises, en raison desquelles, le physique et le mental étant solidaires, des erreurs monstrueuses sont possibles ?.

Dans l’ordre objectif, les exemples de saint Thomas sont en général plus étroitement choisis et moins rigoureusement critiqués. Cela se conçoit. La difficulté de préciser tenait ici à des conditions que la science sociale du moyen âge ne permettait pas de scruter très avant, Fort souvent, notre auteur se contente d'exemples

banals, tel celui du dépôt d'armes à ne pas rendre au

À. R Ilæ, Q. XCIV, art. 6.

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