‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 110 sur 440 · Cf, Saint Thomas d'Aquin, t. IL, p · texte numérisé non relu

Cf, Saint Thomas d'Aquin, t. IL, p

156 LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN à

fou ou au traître. De tels symboles suffisent à la théorie, mais ne fournissent pas de grandes lumières. Ailleurs, à propos de questions particulières, saint Thomas donne des indications plus intéressantes ; mais peut-être y a-t-il lieu de les pousser plus loin qu’il n'indique.

Tout d’abord, il ramène ici la distinction exposée plus haut entre les principes premiers dans chaque genre d'activité pratique et les principes seconds de ces mêmes genres. Les principes premiers étant relatifs à l'essentiel en ce genre-là, pourront sans doute être méconnus du sujet, ainsi qu’il vient d’être expliqué ; mais ils ne pourront pas varier en eux-mêmes, car l’essentiel ne change pas ses applications; les intentions premières ne varient pas à rechercher leurs réalisations matérielles. Il n’en est pas comme de ces conclusions subjectives que la nature, quelque intéressée qu’elle soit à leur maintien, ne peut plus garantir, après qu’elle a remis l’homme « aux mains de son propre conseil ».

Quant aux principes seconds de chaque genre, ne représentant plus, à l’égard de la fonction à régir, une intention de nature primordiale ; jouant le rôle de « conclusions », d'applications à une matière variable, ils seront variables eux-mêmes, et la mesure de leur variabilité sera celle de leur éloignement par rapport au thème général que doit réaliser la fonction.

Cet éloignement, qui varie depuis la proximité la plus immédiate, assimilable à l'identité, jusqu’au déliement théoriquement total de l’acte indifférent, ne sera Jamais assez grand, si l’on se tient dans les limites de la loi naturelle, pour que les préceptes seconds dont on parle cessent d’être applicables le plus souvent (in najori parte).

. C'est là, il est vrai, une pure question de langage ; mais il en faut tenir compte. On n’appelle plus loi naturelle une loi de l’action lointainement déduite ; mais

HS

\ > SE Û SE 1e ie LA LOF MORALE 157 uniquement les premières conceptions instinctives, pivot de l'âme, disait-on plus haut, point de départ de la déduction morale. :

Là donc où les principes seconds, appliqués selon leur teneur propre, risqueraient de compromettre, au lieu de la servir, l'efficacité des principes premiers, que ce soit sur le même terrain, que ce soit sur un autre, il devient nécessaire de suspendre l'application, et, si l’on peut transposer ainsi cette formule fameuse, « sortir de la légalité pour rentrer dans le droit », c’est-à-dire, ici, abandonner la formule générale de l'application pour la valeur universelle du principe, c’est la sagesse.

Seulement, ajoute notre auteur, comme il n’est pas facile de déterminer les cas où de telies applications sont nuisibles ou utiles; comme il s’agit d’ailleurs des plus graves intérêts, c’est à l’autorité qui pose la loi qu’il convient de réserver des exceptions qui ont le caractère de dispenses. Cette autorité est Dieu, auteur de la nature, et ce serait donc lui seul qui, par le moyen d’une. intervention extérieure ou d’une inspiration interne, pourrait faire varier les applications de la loi naturelle quant à ses seconds préceptes ‘.

Il est vrai que l'inspiration interne, subjectivée en quelques-uns, pourra se diffuser par l’exemple *. De telle sorte qu’on pourra attribuer secondairement à la coutume ce qui procède premièrement de l'inspiration *.

C’est ainsi que saint Thomas explique les variations, de la pratique judéo-chrétienne relative au mariage. La polygamie, par exemple, contraireaux principes seconds de la loi naturelle, n’est pas contraire aux principes premiers. Elle a donc pu, les circonstances le requérant, être tolérée ad tempus. Mais en vertu de la restriction indiquée, il y fallait une dispense divine. Elle vint aux

Page 1