‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 114 sur 440 · le Ie, Q. LV, art. 1, ad · texte numérisé non relu

le Ie, Q. LV, art. 1, ad

Matirelon de . raison, ainsi de tant de fois on à dà le reconnaître. UN

Seulement, l'application de la règle tionneiles aux divers pouvoirs de l’âme peut avoir lieu de deux façons. Premièrement, par manière d’action passagère de la

part de la raison; de passivité pure de la part de ce

qu’elle règle. Comme si l’on dit que la main de l'artiste règle l’action de son pinceau, mais sans rien y laisser

qui demeure. Dès que la main se retire, non seulement.

le pinceau est inerte ; mais il n'a acquis aucune aptitude à un nouvel emploi en faveur de l’art.

Or, à l’égard de la vie morale, cela est bien imparfait. Üne direction ainsi imposée du dehors, fofies quoties, et s'adressant à des pouvoirs doués de spontanéité, serait une sorte de violence, et la violence implique difficulté, toujours; tristesse quand il s’agit de pouvoirs sensitifs.

Un tel mode de régulation n’eût donc pas suffi aux puissances de l’âme. Il fallait que la règle y fût pour ainsi dire imprimée, subjectivée comme une qualité inhérente, « de telle façon que la rectitude de la règle devint la forme d’être de la puissance réglée », comme sa seconde nature, avec cette différence que cette forme d’être incluant la raison, qui est nature aussi mais non déterminée à un seul cas, en garderait la souplesse.

__ Aïnsi serait obtenu le facile et agréable essor de l’ac-

tion droite, autant du moins que le permet cette vie, autant que le permet, aussi, la dislocation originelle reconnue par le théologien dans les rouages de la nature.

En effet, ce qui procède d’une forme d’être est toujours agréable et facile. L'action est pénible, dans les deux sens du mot, quandla nature y contredit. Il fallait donc que la rectitude imposée à nos pouvoirs tendit à y devenir naturelle. C’est ce qui a lieu, à tiire imparfait, par de bonnes dispositions inchoatives, et, à titre parfait,

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par ce qu’on appelle kabütus!, c'est-à-dire non pas habitude au sens français du mot, mais disposition fixée, dont notre activité réglée sera l'usage ; richesse psychologique stable (difficile mobilis), à la disposition du pouvoir régulateur (quo quis agit cum voluerit, quasi in promptu habens) ; état moyen entre les propriétés naturelles, qui déclenchent fatalement, et la contrainte laborieuse, toujours à reprendre.

Au lieu d’un système de coups de force, le gouvernement de notre âme sera ainsi un gouvernement régulier. Une certaine suite (untformitas) pourra se manifester dans son œuvre. Les inclinations habituelles qu'il aura créées, qu’il utilisera, seront comme des réserves de forces disciplinées. Ressource immense, pour les emplois soudains d’une raison par elle-même lointaine (repentina sunt ab habitu).

Or, ces dispositions habituelles, destinées à faciliter le travail vertueux, prennent le nom de vertus. Leurs contraires sont les vices ?. :

3. — On comprend à merveille, dans ces conditions, les diverses définitions de la vertu que proposait la tradition chère à l’Aquinate.

Soit qu'on l’appelle l’u/fime perfection de la puissance {ultimum potentiæ) ; ou la disposition du parfait en vue du meilleur (dispositio perfecti ad optimum), c’est-à-dire la disposition d'une puissance ultimement préparée à son acte; soit que, plus complètement, on la définisse une disposition habituelle qui rend bon celui qui la possède et qui rend son œuvre bonne (habitus qui facit bonum habentem et opus ejus bonum reddit) : dans tous les cas, ces définitions résumées de la vertu sont fort claires. La dernière fait remarquer que cela même qui

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