‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 12 sur 440 · Summ. Theol. Prolog., init · texte numérisé non relu

Summ. Theol. Prolog., init

la spéculation pure est le plus noble emploi de l’intelligence, celui qui répond le mieux à la nature de Phomme en tant qu'homme. Les sciences spéculatives sont donc de toutes Les plus élevées. La morale, science pratique, se trouve ainsi rejetée au-dessous de l’ontologie et des sciences naturelles*.

Pourquoi non? Si quelque chose nous choque dans cette conclusion, c’est que nous sommes peu accoutumés à la considération de l'en so1, préoccupation habituelle du thomiste, En soi, l’effort moral ou l'étude morale sont évidemment inférieurs à la spéculation, puisque celle-ci, d’après la doctrine, est relative au but humain; les premiers, seulement à sa poursuite*. Si la fin de l’homme est avant tout intellectuelle; s’il s'agit tout au fond non de contempler pour agir, mais d'agir pour contempler, toute pratique est subordonnée, donc de valeur moindre. La louange lui est due; mais à la spéculation on réserve l'honneur, ainsi que le voulait Aristote *. Cela n'empêche aucunement de constater que pour l’homme « voyageur » cet ordre en soi forcément se retourne. Ce que nous conquérons par la science, en fait de participations à l’intellectualité qui nous est proposée comme fin, est tellement peu de chose qu’on peut l’appeler négligeable, en comparaison de ce qui s’y amorce. On ne pourra donc pas s'étonner de voir considérer, ici, le moyen comme principal, la fin comme secondaire ; non en elle-même, mais dans ses participations. C'est ainsi que la morale reprendra la prééminence *.

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