Voici donc déterminé un premier siège néces
4. Cf. Q. Unic, de Virtut in communi, art. 4 ; Le Ilæ, Q. UNI, art. 4: art. 5, ad {n, In III Sené., Dist. XXXIII, Q. IL, art. 4, Qa 2 : Q. XXIV de Veritate, art. 4, ad 9n.
2. La Iæ, Q. LVI, art. 5, cum resp. ad 4»; Q. L, art. 3, ad 32; Q. Unic. de Virtut. art. 4, ad 6v.
saire des vertus morales - les pouvoirs D oncflits infé. ui 20 rieurs. Et l’on vient de voir aussi s’annoncer le second :
une distinction capitale est à faire.
l'appétit rationnel, ou volonté. Mais au sujet dela volonté,
On a dit : La vertu a pour rôle d'achever en perfection nos pouvoirs, en vue d’un acte mieux assuré, plus facile et plus délectable. Là donc où le pouvoir d'agir est donné en perfection par la nature elle-même, on. n'a pas besoin de vertu. Or n'est-ce pas le cas de la volonté à l'égard du bien, qui est l’objet de toute vertu? La volonté n’est pas autre chose qu'un appétit du bien. Son objet propre est le bien. Ce que la lumière est à l'œil ; ce que le son est à l'oreille; ce que le délec-. fe table est aux pouvoirs de concupiscence, le bien. rationnel l’est à l’appélit rationnel. Il y a donc coïncidence entre l'objet du pouvoir volontaire et l’objet de DT la vertu. La volonté serait donc vertueuse par elle- ei même ? | 5
Qu'on ne se hâte pas de condamner une pareille conclusion, ni de la dire opposée à l’expérience. Scot s’y AE est essayé ; mais il n’a pas compris, lui le Subrib la Es position subtile de la thèse. Ce qui est d’expérience, Nr ce sont les défaillances de l’homme, défaillances qui sont volontaires ; mais il ne s’ensuit aucunement que ces défaillances aient pour cause une insuffisance de la volonté prise à part, ni qu’on y obvierait en donnantà : la volonté un pli vertueux dont elle peut n’avoir que faire. La volonté ne veut pas à elle seule. Ce qui veut, à la vérité, c'est l’homme ; et il veut dans des conditions qui prêtent souvent à défaillance en ce que le jugement : A de la raison pure, que la volonté suivrait naturellement, Fe est empêché de porter jusqu’à l’acte (intercipitur) par une intervenlion de la passion. Ce qui se produit alors, on le sait! : le jugement est dévié ; le syllogisme boiteux
4. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. Il, p. 250. Les mobiles du vouloir.
de l’incontinent aboutit à une erreur pratique, jugeant
bien, dans l'espèce, autre chose que le bien, et entrai-
nant la volonté, coupablement sans doute ; mais toujours au nom de ce bien qui est son objet propre : unique attrait qui la puisse émouvoir.
D’aucune façon, l’imperfection de la volonté prise en soi n’est donc ici en cause. On pourra la fortifier contre l'ennemi, et c’est ce que saint Thomas donnera pour rôle à la continence ‘, mais par elle-même elle est toute préparée au bien de la raison en matière de passion, et elle n’a donc pas besoin à cet égard de disposition vertueuse. Ce qu’il faut faire pour assurer ici l’acte bon, facile et délectable qu’il s’agit d'obtenir, c'est dompter la passion. Les vertus no s’y emploient, et leur point d'application immédiat sera naturellement le siège du mal, ainsi qu’on l’expliquait tout à l'heure.
Toutefois, le bénéfice de cette conclusion ne doit pas être accordé à la volonté à l'égard de tous ses actes. En effet, la volonté, quoiqu’elle se définisse un pouvoir du bien, et qu’en cette définition le mot bien ne suppose aucune limitation restrictive, la volonté, dis-je, n’en est pas moins volonté de l’homme ; elle a été donnée à l’homme pour atteindre sa destinée, qui est avant tout chose individuelle. À cause de cela, pouvant s'étendre à tout le bien, la volonté humaine n'est cependant inclinée naturellement qu’au bien de l’homme, et chaque volonté au bien de chaque homme. C’est là le bien qui lui est proportionné (bonum voluntati proportionatum). Ge qui dépasse l’homme, comme le surnaturel, il faudra que la volonté y soit disposée par une vertu surnaturelle, et ce qui dépasse l’individu, comme la justice voulue pour elle-même, non pour soi, il
faudra que [à volonté y soit disposée par une vertu
acquise.
ACfoinfra, ch. xv, E, 5.
DR. "Le
La justice, c’est le bien des a quait Aristote’. Or l’autre n’est pas inclus de soi dans les inclinations dont la nature a fait en nous le moyen de.ses œuvres. Il appartiendra à la raison en éveil de dépasser ce que la nature fait en nous et de s’élever à
ce pourquoi elle a voulu le faire. Nos destinées indivi-
| duelles s’orientent, dans la pensée de la Providence, vers
les destinées d’un plus vaste ensemble, vers d’autres destinées individuelles solidaires de la nôtre. Il nous appartiendra de seconder ce plan. Mais à coup sûr l’insünct de la volonté n’y saurait suffire ; il y faudra un effort rationnel, un dressage spirituel, une vertu ?.
On voit donc, sans entrer pour l'instant dans la division des vertus, que certaines d’entre elles : telle la justice, ont pour sujet immédiat le vouloir, et non plus les puissances sensitives.
4. — À son tour, l'intelligence, pour assurer le bien agir, requerra-t-elle des dispositions spéciales ? Oui, s’il s’agit du bien agir dans l’ordre proprement vertueux, et alors, c’est ce qu'on appelle intellect pratique, qu’il y aura lieu de disposer à l'œuvre bonne. Oui encore, s’il s’agit du bien agir dans l’ordre strictement intellectuel ; mais en ce cas, c’est l’intellect spéculatif qui est en cause.
On sait que pour saint Thomas, l’intellect spéculatif et l’intellect pratique ne sont pas deux pouvoirs distincts; mais uniquement deux emplois d’une même aptitude à des fins diverses *. La spéculation est relative au connaître ; la connaissance pratique est relative à l’agir ou au faire *. Ce n’est pas que la spéculation