‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 121 sur 440 · Cf. Ie Pars, Q. LXXIX, art · texte numérisé non relu

Cf. Ie Pars, Q. LXXIX, art

4, On connait la valeur de ces deux mots. L’agir est immanent ; le

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utres, ainsi que le remar-

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ne se puisse orienter vers des fins; mais elle n'y va

point de soi. La raison pratique au contraire tend de soi

vers l’action, et cela lui convient en raison de la façon

même dont elle appréhende (secundum modum suæ apprehensionis) *. 1, Quand il spécule, l'intellect est attentif au vrai en tant que vrai; quand il tend à l’action, il

envisage le bien, en tant que le bien lui-même est un

vrai. On a assez dit que le bien et le vrai s’incluent l'un l’autre ?

Spéculativement donc, l’intellect à lui seul n’est pas suffisamment préparé à son acte. Les partisans des idées innées repousseraient cette conclusion ; mais tout ce qui

a été dit ailleurs* de l’origine de la science et de sa

nature oblige à affirmer que l’acte de science n’est produit que grâce à une information venant de l’objet, et

par le moyen de compositions ou de divisions dont notre

esprit a originairement l'aptitude inchoative ; mais non pas avec ce caractère de facilité, de sûreté et de plaisir que l'habitude engendre : double raison pour accorder ici un rôle à la vertu, si la spéculation était

de cet ordre.

Mais nous savons qu'il n’en est rien. Sans doute la fin dernière de l’homme est intellectuelle * ; mais la moralité est relative aux moyens de cette fin, non à la fin elle-même, et ces moyens consistant en un certain usage de nos ressources, une disposition intellectuelle qui ne tend point par elle-même à assurer son propre usage n'est pas de l’ordre moral. Elle n’est donc pas vertu, si ce n’est dans le sens large où Aristote* a

faire s'adresse à une matière extérieure ; l'un implique changement dans le sujet, l’autre transmutation dans l’objet. Cf. Ie IIæ, Q. LVI, art. 4.

A. Art. cit., ad 1».

2, Cf. supra, ch. 1, 4, p. 5.

. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. I, p. 96 ; p. 157, et sq. . Cf. ibid., p. 294.

. VI Elhic., cap. 2.

OT à

ds

f L. u 4 | à 4 ; appelé la science, decruellas ts

-sérer l’action, et, avec elle, la moralité bonne ou per-

N'a-t-on pas défini la vertu : « Ce qui rend bon son possesseur et bonne aussi son œuvre » ? Or qui appellerait bon tout court un bon mathématicien ou un bon artiste, et qui appellerait aussi son œuvre une bonne œuvre ? 11 n’y a donc pas de vertus à placer dans l’intellect spéculatif relativement à son travail propre. Mais en tant qu’il est mû par la volonté, on doit concevoir qu’il n’en va plus de même. C’est en effet la volonté qui est en nous l’universel moteur d'exercice. L’intelligence ne fait pas exeption. On use de son esprit quand on le veut, et, d’une certaine manière, comme on le veut. Au plus intime de la spéculation peut venir s’in-

verse.

On le sait quand il s’agit de la foi. Dans la spéculation relative aux problèmes religieux, les passions ont une part; la volonté droite a la sienne. La décision du problème, en apparence tout spéculatif, est donc ici en dépendance des vertus. Sans elles, l’esprit sera facilement « la dupe du cœur » ; le cœur « fera mal à la tête »; « au lieu que ce soient les opinions qui règlent Û Ave les mœurs, ce seront les mœurs qui règleront les opinions ».

Et ce n’est pas là un cas unique. S'il s’agit d'amitié ou en général de rapports humains, les appréciations que nous portons et les raisonnements que nous admettons sont très nettement conditionnés par les dispositions volontaires ou passionnelles. Tel qu’on déclare insolent à cause d’un mot de critique, paraîtrait sim- (2 plement sincère, si l’on n’était soi-même orgueilleux.

Notre intellect a donc besoin, lui aussi, de la vertu, même à l'égard de ses emplois spéculatifs. Mais la vertu,

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