‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 134 sur 440 · L'ordre en soi, dans la construction de l'être · texte numérisé non relu

L'ordre en soi, dans la construction de l'être

A. Aristote, Ethic, Nicom., V1, 1139, 4 2.IT. Cor., III, 48.

HN PALAIS ! 491 moral, est donc celui-ci : Premièrement, la capacité naturelle des évidences pratiques (syndérèse). Deuxièmement, la tendance inchoative, inefficace encore, à S'y conformer (bonnes intentions, velléités). Troisièmement, la prudence naissante, qui emploie ces fragiles bons vouloirs à de sages choix et les tranforme ainsi en volontés. Quatrièmement, les vertus morales, que des actes rationnels répétés engendrent. Cinquièmement, par action en retour, la prudence confirmée, renforcée, rendue plus vertueuse par l’emploi ; c’est-à-dire désormais mieux assurée de son acte, plus facile à le produire, plus heureuse d’y accéder. On a vu que telles sont les marques de la vertu en tant que disposition habituelle. ;

La synthèse lumière-action se fait voir ainsi partout. In fieri, la prudence et la vertu morale s’engendrent réciproquement, bien que ce soit sous divers rapports. In facto esse, elles se portent mutuellement, tels des arceaux d’ogive; elles s’incluent, se compénètrent, s'unissent comme l’âme et le corps. Et comme dans chaque choix interviennent les fins générales que se propose l’intention, il est naturel que la vertu née des bons choix fortifie l’intention elle-même, et par là prête matière au travail de prudence, bien que, selon l’ordre en soi ci-dessus déroulé, elle suppose la prudence. Entre les deux, il n’y a pas seulement inclusion, il y a cercle, comme toujours dans l’action vitale.

On n’en dira pas moins que, logiquement, c’est la prudence qui provoque les vertus morales, provoquée elle-même par la simple 2ntention, née de la syndérèse. Dans l’homme, et dans l’action morale qui est l’action de l’homme en tant qu'homme, la lumière précède, l’action suit, bien que ce soit selon des échelonnements qui créent un conditionnement réciproque. |

4. Cf. les thèses capitales de Cajetan in Ie IIæ, Q. LVIIT, art. 5, et im

7. — Voici donc les vertus divisées en deux classes : vertus intellectuelles, vertus morales. Le premier groupe comprend plusieurs vertus si l’on prend le mot vertu en un sens large ; mais comme ce sens est extra-moral, il n’y a pas Dai te le retenir, et l’on doit dire qu'aux yeux du moraliste, la prudence à elle seule occupe ce cadre.

Le fait s'explique suffisamment par ceci que, en toute matière, l'intervention de la raison est la même, et qu’elle tend au même but : fixer le vrai de la conduite. Il n'y a donc pas lieu, pour elle, à l'acquisition d'aptitudes diverses.

I] n’en va pas de même des vertus morales. Celles-ci sont dites vertus en tant qu’elles participent la raison, en tant qu’elles canalisent la raison dans le composé humain et par là dans la vie humaine. Mais précisément parce qu'il y a participation, il y a multiplicité. Les participations doivent être diverses selon les natures participantes. Ce qui est rationnel, en nous, par influence, comparé à ce qui est rationnel, en nous, par nature, prête à de multiples rapports, donc à de multiples dispositions, dont les espèces s’établiront non d’après ce qui dispose, mais d’après ce qui est disposé, ou pour mieux dire d’après ses objets. C’est en effet par le moyen des objets moraux, en tant que ces objets correspondent aux visées de la raison, que celle-ci impose sa loi aux puissances appétitives ‘. Il y a donc une seule prudence, et il y a plusieurs vertus morales ?

8. — Comment distinguer celles-ci ? On remarquera d’abord que la matière morale, à laquelle la vertu doit imposer une forme de raison, comprend deux classes de phénomènes dont la distinction, au point de vue de

Q. LXVI, art. 3,ad 3. Adde, apud S. Thomam : Ia II& Q. LXV, art. 1 ; .Q. V. de Virtut., art. 2; Quodl. XII, Q. XV, art. 1 ; In VI Ethic., lect.410. 4. Cf. supra, p. 37-40.

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