‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 138 sur 440 · PA · texte numérisé non relu

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196 LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN nécessaires. La force règlera les audaces et les craintes ; la magnanimité, l'espérance ou la désespérance; la mansuétude, les colères.

On voit reparaître ici la division aristotélicienne, caduque aujourd'hui, de l’appétit sensitif en appétit concupiscible et irascible. Ecarter cette nomenclature surannée — je dis en tant que nomenclature — ce ne sera pas ôter leur valeur aux analyses immédiates d’où elle procède, ni davantage à la classification des vertus thomistes. Cette classification n’a d’ailleurs pas survécu en tout, même parmi de très fidèles disciples. Voici comment elle se poursuit, d’après l’exposé dela Somme.

Ne pouvant pas nombrer les vertus relatives aux passions d’aprèsles passions elles-mêmes, le pourra-t-on selon leurs objets? Oui et non, selon que ces objets seront pris d'une façon ou d’une autre. « En effet, la « vertu est constituée en dépendance de la raison; la « passion, en dépendance de l'appétit sensitif. Il est « donc nécessaire que les vertus se diversifient par « rapport à la raison; les passions, par rapport à l’ap- « pétit. Si donc la diversité des objets passionnels est « rapportée à l'appétit sensitif, elle crée la diversité des « passions ; si elle est rapportée à la raison, elle crée la « diversité des vertus. Or, le mouvement de la raison « n’est pas le même que celui de l’appétit sensitif. Rien « n'empêche donc qu'une certaine diversité d'objets « cause une diversité de passions sans causer une diver- « sité de vertus. C’est ce qui a lieu quand une vertu « unique règle plusieurs passions, ainsi qu’on le disait « tout à l'heure. Et rien n'empêche non plus qu’une « autre différence d’objets cause une diversité de vertus, « qui ne causera pas une diversité de passions, puisque,

4, FE Ie, Q. LX, art. 5. Dans d’autres ouvrages et même dans la Ia Pars, là où il n'est pas question ex professo de classement, quelques légères divergences se font voir. Cf. Gajet., hic.

it SN ft ia VERTU 197 « Bleu une ut. passion, la délectation par tn « plusieurs vertus travaillent !.

Quelles sont donc les dei d' objets qui auront valeur pour classer les vertus ? Tout d’abord, évidemment, celles qui sont suffisantes à créer une diversité de fonctions. Si par exemple on a dit : Autre est la fonction relative au bien pris absolument, autre est la fonction relative au bien ardu, on devra dire aussi : Autres sont les vertus que ces deux objets exigent.

D'un autre côté, la raison gouverne son milieu intérieur ou extérieur non ad nutum, mais selon un certain ordre, et dans des conditions définies. Il n’est donc pas indifférent à la constitution des vertus qu’un objet de passion soit appréhendé par les sens, l'imagination ou la raison elle-même ; qu’il concerne le corps, l’âme ou les choses extérieures. Dans ces divers cas, le rapport de l’objet à la raison est autre ; autre aussi sera donc la vertu.

42. — Sur ces données, saint Thomas, s’en référant à Aristote, établit la classification suivante.

Aux objets qui agissent par contact, et qui servent à l'entretien de la vie individuelle ou de la vie de notre espèce, la régulation de la raison s’appliquera par le moyen de la vertu de {empérance.

Aux objets des autres sens, comme le son, la cou-. leur, etc., on n’attribue point de vertu particulière parce qu’ils n’opposent pas à la raison de difficulté spéciale, et que la vertu, comme l’art, ne s’inquiète que de ce qui est difficile.

À l'égard des biens qu'appréhendent non les sens, mais les facultésintérieuresdel’âme, on distingue ceux de ces biens qui concernent le sujet pris en soi, et ceux qui concernent le sujet dans son rapport avec autrui. Parmi les premiers, l’argent aide à la vie du corps, l’honneur

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