bid., et saepe alibi
: parlant, une ‘disposition de l'âme r ne se juge point par
rapport à l'emploi; mais par rapport à l'objet qui lui donne son espèce. Que la volonté avec ses pouvoirs additionnels, appelés vertus, soit le moteur de l’intelligence, cela ne prouve donc pas que la volonté soit. supérieure à l'intelligence, ni que ses pouvoirs vertueux. soient au-dessus des pouvoirs de l'esprit.
Un tel primat de l’action morale est insoutenable.
La moralité est un moyen universel ; mais ce n’est qu'un moyen. La connaissance est fin en soi, se rapportant à la finalité toute dernière. L’adage célèbre : Melius est philosophari quam ditari peut s'appliquer même aux richesses morales. Si fort souvent, de fait, cet ordre de valeurs se renverse, c’est pour des causes accidentelles ; par exemple parce que la recherche intellectuelle, mal réglée au point de vue de ses circonstances, se retourne pour ainsi dire contre soi-même, s’écartant de la voie au bout de laquelle l’intellect a ses satisfactions supérieures.
Toujours est-il que le proverbe inverse : Primo vivere, deinde philosophari, n’est vrai que sous condition, en tant que le vivre est nécessaire pour la contemplation. L'autre est vrai, au contraire, absolument, bien qu'il soit limité, en ses applications, par les occurrences.
6. — On tirera de là que pour saint Thomas, la science ou l’art n’ont pas à justifier de leur utilité morale. L’Aquinate signerait, bien qu'on en ait largement abusé, cette proposition d'apparence paradoxale : Ce qu’il y a de plus beau et 5 plus précieux, c’est l'inutile*.
Certes, un surcroît d' utilité, dans une chose qui a son
4. « Virtutes intellectuales speculativæ, ex hoc ipso quod non ordi nantur. ad aliud sicut utile ordinatur ad finem, sunt digniores. Hoc
enim contingit quia secundum eas quodammodo inchoatur in nobis
beatitudo, quæ consistit in cognitione verit2tis, sicut supra dictum est. » Ie IIæ&, Q. LXVI, art. 3, ad 1r.
prix par elle-même, ne peut pas être dédaigné. On pourra le préférer; on le devra même souvent, vu les circonstances. Mais la raison de cette préférence, si elle est poussée à fond, ramènera à ceci que l'utilité obtenue se sera reversée sur une intellectualité ultérieure, de sorte que l’art ou la science utiles à ceci ou à cela, fût-ce à la morale, ne sont au fond que l’artou la science utiles à eux-mêmes. À en parler absolument, il faut donc dire qu’ils sont indépendants de tout rôle utilitaire, et que leur honneur estde ne servir à rien.
La thèse thomiste de la contemplation préférée à l'action se rattache à cette pensée. Cette autre audace aristotélicienne à laquelle saint Thomas adhère sans crainte de verser dans le mandarinat, je veux dire la thèse qui fait rouler tout l’ordre politique autour de la contemplation du divin, en est aussi parente. Lui qui exalte si fort la prudence, cette « maîtresse de la vie », conductrice et modératrice universelle des hommes, en vient à la mépriser presque, même sous sa forme la plus haute, la prudence sociale, quand il compare son œuvre à celle de la sagesse spéculative.
Dans le haut objet de celle-ci, la nie politique n’a pas à s’introduire indiscrètement (non habet se intromailtere) ; elle ne lui commande pas, mais le contraire; « car l’homme spirituel juge de tout et n’est lui-même Jugé par personne ». Ce que fait la prudence politique, c’est d’arranger toutes choses de telle façon qu’un plus grand nombre d'hommes puissent plus facilement, plus sûrement et plus longtemps vaquer aux occupations supérieures, et en cela, elle se fait voir la servante de la sagesse intellectuelle, puisqu'elle conduit à elle, ouvrant le chemin pour qu'on aille à elle, comme fait le portier d’un roi se ostiarius ad regem)’.
* He art. 5, ad An; 14 VI Ethic, lect. 6; Cf. Ia Ilæ, Q. XCIV. art. 4.
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