‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 154 sur 440 · IR Ile, Prologus · texte numérisé non relu

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soit pas sans quelques inconvénients. Il en résultera, ainsi qu'on va le voir, des distinctions, des divisions . des subdivisions un peu en broussaille. Mais étant donné notre objet, mieux vaut pour nous une plus grande fidélité qu’une commodité toujours discutable”.

3. — Parmi les vertus dites cardinales, auxquelles on a ramené toutesles autres, la prudence tient le premier rang. On sait ce qui la caractérise. C’est une vertu intellectuelle à matière morale. Elle réside dans l'intellect, mais en tant que l'intellect juge l'action et qu’il l’ordonne dans les deux sens du mot : ordinare, imperare. De là vient le caractère général de cette vertu, en laquelle toutes s’unissent.

-On en a dit assez sur ce rôle et sur les conceptions très originales de saint Thomas au sujet de la prudence, pour n'avoir pas à y revenir. Elle est le lien des vertus : on devait la définir nécessairement quand on marquait les relations de ces dernières. Il reste à compléter sa notion; en elle-même tout d’abord, ensuite dans ses annexes.

4. — La prudence étant la règle de l'agir (recta ratio agibilium), les divers rôles de la prudence se prendront des postulats de l’agir.

1. Cajetan fait remarquer que la division traditionnelle des devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même, outre qu’elle est la plus pratique, est aussi la plus philosophique ; qu'elle est « première », c'est-à-dire fondamentale. En effet, la personne étant seule fin en soi, est seule capable d’être offensée ou favorisée vraiment. Ne pécher contre personne, c’est ne pas pécher du tout, et ne s’employer pour personne, c’est, moralement, ne rien faire (Cajet., in Ia Ile Q. LXXXI, art. 1). Saint Thomas est nettement de cet avis (la Ile, Q. LXXII, art. 4). S'il n’en a pas tenu compte dans son exposé, c’est pour des raisons traditionnelles.

Une autre division plus logique encore à beaucoup d'égards était fournie à saint Thomas par sa théorie des tendances naturelles, des fonctions primitives auxquelles la morale doit donner satisfaction. Montrer ce que la raison doit conclure, en des occurrences diverses, de notre instinct de conservation, de notre instinct sexuel, de notre instinct social, de notre instinct religieux bien compris, ce serait une marche excellente.

Ête ne + Le one qui représente, en morale, l'invention. « Tenir conséil, en effet, c'est chercher. »

Le second est le jugement, qui s'applique à ce quia été trouvé et le consacre.

Le-troisième, le plus important de tous, car il carac-térise la prudence vertu par rapport à des dispositions purement intellectuelles, c'est l’inperium. On sait assez quelle géniale conception.s’en forme saint Thomas. Une part immense non seulement de sa morale, mais de sa psychologie et de sa métaphysique de l’âme tient en ce mot. Nous y avons largement insisté, comme sur une des plus originales notions thomistes. Ce qui peut résumer tout, c’est ceci : L'imperium représente la raison pratique jouant son rôle ultimement pratique, c'est-à-dire étreignant l’action même, en vue de l’imbiber de raison, au lieu de s’en tenir aux déterminations théoriques.

Prendre conseil, juger, c’est une préparation à l’action. À supposer cette préparation utilisée dans l’action même, grâce à l’imperium prudentiel, on l’attribuera elle aussi à la prudence, et elle en deviendra vertueuse. Au contraire, l’utilisation faisant défaut, le jugement et le conseil se trouveront dépréciés au point de vue proprement moral ; ils seront rejetés à la science pure.

C’est par là que la prudence vertueuse se distingue de l’art, dont le propre est de juger, plus que d'agir. La preuve, c'est que celui-là est un meilleur artisan ou un meilleur artiste, qui exécute mal le voulant, que sil exécutait mal ne le voulant pas. L'inverse a lieu pour la prudence. Celui-là en manque davantage qui agit mal en connaissance de cause, parce qu’il défaille en ce qui importait surtout : imposer la raison à l’action, au lieu d’en concevoir simplement les normes *

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