‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 155 sur 440 · LA, HR RATES · texte numérisé non relu

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être appelé prudent, tout au moins de la prudence vraie et complète qu’on vient de décrire. |

On dit vraie et complète parce qu’il y a là diverses étapes. Qu’un homme sache décider de ce qui convient en vue du mal, et s’y applique, c’est une prudence si l'on veut; mais c’est une prudence perverse, et, parlant moralement, on devra l'appeler une fausse prudence. On

ne dit pas d’un homme qu’il est bon parce qu'il est un

bon voleur.

Que si c’est en vue d’un bien qu'on cherche et qu'on décide, reste à savoir si ce bien est dûment rattaché à la norme suprême, à savoir la fin dernière, qui joue en morale le rôle de premier principe. Faute de quoi la prudence dont on parle peut être vraie, puisqu'elle s’inquiète d’un bien; mais elle est incomplète (imperfecta). Telle est la prudence du navigateur ou du négociateur qui sauvegarde des biens humains sans se souvenir de leur orientation morale.

Enfin, le conseil et le jugement prudentiels fussent-ils relatifs à un vrai bien et attentifs à ses fins morales, reste à savoir s'ils concluent à l’action ou s'ils s’en tiennent au jugement de conscience, qui est encore théorie pure. Appellera-t-on prudent l’homme qui proclame le bien et qui fait le mal?

La prudence vraie et complète n’est donc le fait que des bons. La fausse prudence est le fait des méchants. La troisième est commune, du moins celle qui s'arrête à dés fins non reliées à la fin suprême; car l’autre, qui demeure théorique, est aussi l’apanage des mauvais".

Comme d’ailleurs l’action est relative aux infinies complications du réel, qui nous est inépuisable ; comme elle nous jette dans le singulier, auquel n’est adéquate nulle combinaison théorique de l’esprit, une certaine inquiétude vertueuse semble tenir à la prudence sous le

4. Ia IEe, Q. XLVIL, art. 13; Q. V de Veril., art. 1; In VI Ethic., lect. 10.

TR PRUDENCE a “à 223

nom de re D'où le eee Agir promptement :

se décider lentement !.

6. — On peut se- demander si la prudence est naturelle à l’homme, en quel sens, et dans quelle mesure elle s’acquiert.

La réponse sort tout naturellement de nos prémisses.

La prudence part des principes plus ou moins géné-

raux de la conduite pour les appliquér à des occurrences :

particulières. Il lui faut donc envelopper les uns et les autres. Les principes tout à fait généraux sont connus de tous, comme on l’a vu a propos de la loi naturelle. Mieux encore que les sources instinctives de la science, chose plus qu'humaine, disait Aristote, les sources de la pratique sont immédiatement perçues de tous les esprits. Mais les principes moins universels ont besoin d’être acquis. Ils le sont soit par expérience personnelle, soit par l’enseignement. Aussi réserve-t-on la prudence aux vieillards, qui ont beaucoup vu et qui ont pu longuement comparer.

Quant aux occurrences auxquelles les principes généraux de la pratique s’appliqueront, elles peuvent avoir un double caractère. Ou elles sont des fins, comme

la conservation de l'individu, de l’espèce, etc. ; ou elles sont des moyens. Les fins étant déterminées en soi peuvent l'être aussi en nous et faire l’objet de dispositions natives. Certains hommes sont portés naturellement aux fins des vertus, comme à la véracité, au respect du bien d'autrui, ou à telle autre fin vertueuse. Y étant disposés, ils ont à cet égard un bon jugement. Mais cela n’est pas encore la prudence. Ces

fins des vertus ont besoin ensuite de trouver leurs :

moyens; elles sont objet à sauvegarder dans l’action pratique, et c’est à la prudence qu’est commise leur sauvegarde. La prudence a donc pour matière tout l’indé-

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