‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 157 sur 440 · Cf. Saint Thomas d'Aquin, t, Il, p · texte numérisé non relu

Cf. Saint Thomas d'Aquin, t, Il, p

A ee nn et ses “dépendances pates potentiales). * < Les éléments ou tie internes de la Re

sont la mémoire, l'intelligence, l'aptitude à apprendre

(docilitas), la promptitude à à découvrir les chemins de l’action (so/ertia), la raison déductive, la faculté de prévoir et de régler l'avenir (providentia). la ctrcunspection et la vigilance (cautio).

Il est inutile d’insister longuement sur ces évidences.

Le rôle de la mémoire est clair. La prudence suppose l'expérience. Expérience est une fille de Mémoire. Il n’est pas surprenant que la partie inférieure de l’âme, à laquelle la mémoire appartient‘, soit requise là où il s’agit d'appliquer des principes à des faits, c'est-àdire de se mouvoir au milieu d’un infini de conditions matérielles. La prudence relie le ciel à la terre,

pourrait-on dire, puisqu'elle applique la forme, qui est

divine, à la matière, qui évolue dans le temps; puisqu'elle a pour mission d'imposer l'idéal, qui est de là-haut, à l’action, qui est de ce monde”.

L'intelligence qu’on dit faire partie de la prudence

est cette exacte estimation des réalités morales qui qualifie, à nos yeux, l’omme de sens, Estimation qui est ici presque l’essentiel, vu que les principes généraux de l’action nous seraient inutiles, si des mineures de ‘fait ne venaient en diriger l’application.

La docilité de l'esprit met à notre service, en vue de nous conduire prudemment, l'expérience des autres, particulièrement de ceux qui ont beaucoup vécu, soit

que l’âge, soit que les occurrences les aient misen con-

tact avec les fins utiles à poursuivre. La simple énonciation d’un sage, a dit Aristote, n’a pas moins de prix, 4. On a vu qu'il n’y a pas, à très proprement parler, de mémoire

intellectuelle. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. I, p. 473. 2. Ils Ile, Q. XLIX, art. 4, cum resp. ad 4».

SERTILLANGES. Aix

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en morale, qu'une démonstration‘. La raison en est que la démonstration morale est toujours aléatoire, les circonstances variant à l’infini et ne permettant donc pas une enquête suffisante, à moins d’un long espace de temps et d’une application continue, inaccessible au plus grand nombre*.

La promptitude d'esprit en usage ici est celle qui nous met en état de juger par nous-même, ex abrupto, comme jugent les gens rassis, ceux dont nous utilisions l’expérience *.

La raison déductive a aussi sa place dans un ordre de choses où constamment on passe des principes généraux de la conduite à des conclusions plus ou moins lointaines, toujours difficiles à y rattacher, et incertaines*.

La providence ou faculté de prévoir et de disposer l'avenir est tellement nécessaire à la prudence qu'il coïncide en quelque sorte avec elle (prudens, providens, procul videns). Tout le rôle de la prudence est en effet relatif aux futurs contingents, le nécessaire échappant à nos décisions, contrairement à ce qui a lieu pour la providence divine, et le passé tournant à la nécessité en ce que, une fois posé, il ne peut plus ne pas être. La faculté providentielle de l’âme est donc ici le principal; le conseil, le jugement, l’imperium en dépendent ; tout le reste ytend et y trouve sa raison d'être, moyennant quoi on pourra dire, en morale comme en politique : Gouverner, c’est prévoir *.

La circonspection est une faculté d'attention à l'égard des circonstances qui peuvent influer sur nos décisions pratiques. Par exemple, « donner des signes

. VI Ethic., ch. x1, in fine.

. Ie Ile, Q. XLIX, art. 3.

. Ibid, art. 4.

. Ibid., art. 5.

. Ibid., art. 6, cum resp. ad 4».

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d amitié à ee un paraît utile en soi pour provoquer de sa part des sentiments semblables; mais si ce quelqu'un est orgueilleux, s’il nous soupçonne d’adulation, là n’est plus la conduite convenable »!,

La vigilance fait que l’homme prudent ne se laisse pas prendre aux apparences trompeuses que présentent souvent les objets de l’action, les mouvantes réalités où se débat l’homme moral offrant un mélange de vrai et de faux, de bien et de mal où il est difficile de se reconnaître. « Ici-bas, le bien est sans cesse exposé aux pièges du mal ; le mal prend la figure du bien. IL faut donc que l’homme prudent tende au bien de manière à éviter le mal. » C’est ce que tente sa vigilance.

Il est sans doute qu'on sera mis fort souvent en défaut, une infinité de maux menaçant toujours nos vies. Mais il appartient au sage, après avoir prudemment écarté ce qui dépend de la prudence, de se soumettre, d’abord, à l’inévitable, puis de se mettre en état de défense par un établissement de sa vie qui réduise au minimum le dommage *.

9. — Les sous-espèces de la prudence, qui sont, selon saint Thomas, la prudence royale, la prudence politique, la prudence domestique et la prudence malitaire sont objets de sociologie.

Quant aux annexes attribuées à la prudence, elles ont pour rôle de parfaire le conseil et le pPieue la prudence proprement dite étant relative à l’imperium comme à son acte principal.

Ce sont : le don de conseil (eubulia, e%6ouX\ia), le bon sens (synesis sûvesis) et, pour élever celui-ci à la hauteur de circonstances délicates, un sens de l’exception néces-

4, 1bid., art. 7.

2, 1bid., art. 8, cum resp. ad 3v.

2 | saire que saint Thomas appelle gnome (véur), emprun- tant ces trois mots à Aristote.

Si l’on distingue le don de conseil du bon sens relatif au jugement, c’est que certains sont prompts à. agiter un problème moral, qui sont moins aptes à le résoudre. Une certaine vivacité d'imagination leur vient en aide dans le premier cas ; elle les abandonne dans l’autre, où une sensibilité générale bien équilibrée (sensus communis) doit soutenir l'intelligence‘.

Si, d'autre part, on exige deux sous-vertus pour procurer le bon jugement, c’est que les circonstances du jugement ne sont pas toujours de même ordre. De même que le jugement scientifique et le jugement philosophique diffèrent, parce que leurs principes sont d’un ordre différent : ainsi en est-il dans les jugements pratiques. Certains d’entre eux ne font appel qu'aux données courantes, et leurs solutions sont faciles. Mais il estdes cas où les données courantes ne peuvent pas être obéies. Des intérêts supérieurs survenant, il y a lieu de corriger les solutions immédiates pour les mettre en harmonie avec les lois les plus élevées de la moralité.

Ainsi, selon l’exemple classique invoqué si souvent, il est de règle de rendre un dépôt, et la prudence commune le proclame; mais il est telles circonstances où l'intérêt privé ou public exige qu’il n’en soit rien, et le jugement est alors plus délicat de beaucoup. Il en est comme dans la nature, où la génération normale s’explique par les caractères connus des engendrants : où les anomalies ne peuvent s'expliquer que par un appel toujours eo aux phénomènes les plus généraux de la nature

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