I. — JUSTICE PARTICULIÈRE, COMMUTATIVE ET DISTRIBUTIVE
A. — NoTioNS COMMUNES.
1. La règle d'équité. — 2. Valeur de la justice pour la vie humaine. — 3. Gravité de l'injustice. — 4. Restriction nécessaire. — 5. L’injustice et l’injuste. — 6. La justice et le volontaire.
‘4.1 He, Q. LVL, art. 6; Q. XXVIII de Verit., art. 4. 2. Aristote, Politique, 1. 3, ch. n, 1277a,20.
SERTILLANGES. 16
NT Tape ne s'ensuit pas que l’on confonde toutes les vertus dans
DD VOA MORALE se SAINT THOMAS D'AQUIN
te De la justice générale ou légale il n'y a pas à parler ici ; c’est affaire de morale sociale. Reste la jus- \tice Diticulière. Son objet a été défini par le droit d'autrui. Ce droit peut trouver satisfaction soit par le moyen de nos actes, comme si je salue l'homme qui a droit à mon respect; soit par le moyen des choses qui ‘sont en usage dans la vie humaine, comme si je rends un dépôt ou paie une dette.
Il s'ensuit que le Juste milieu rationnel, qu’on a dit être la poursuite de toute vertu, doit être cherché ici: non par rapport au sujet moral, comme s'il s’agit de tempérance ou de force ; mais par rapport aux personnes et aux choses auxquelles l’action est relative.
La justice concernant autrui et prenant pour matière des actions et des choses, elle sera satisfaite quand autrui aura lieu d’être satisfait, et autrui aura lieu d’être satisfait quand les actions et les choses qui nous mettent en rapport avec lui seront mesurées par la raison conformément à ce qui convient au rapport que lui-même entretient avec nous, soit à titre habituel, soit * dans la circonstance.
Or, la mesure en question est ce qu’on appelle équité, c'est-à-dire égalité de ce qui est mesuré avec ce qui revient à la personne intéressée à la justice. Il y a donc là un juste milieu imposé à la raison, et-non pas constitué par elle. C’est moi qui détermine, par raison, ce que je dois manger à lable ; ce n’est pas moi qui détermine ce que je dois payer, quand je dois ant. C’est ce qu'on veut exprimer quand on dit, pour faire court, que le juste milieu de la justice, en deçà et au delà duquel le droit n’a plus satisfaction, estun juste milieu
réel (medium rei), non un juste milieu rationnel (medium rationis). La raison intervient ici et là; mais dans le premier cas elle n’a ‘affaire qu’au sujet, les objets pris en soi n’ayant aucune exigence propre. Dans. le second cas, la raison est tenue de satisfaire un en soi.
mine ; mais entre le trop et le trop peu qui se trouvent
ee par des relations positives, extérieures au
sujet, et que sa raison ne pourra que reconnaître !
2. — L'importance de la justice dans la vice ressort de l’étendue de son domaine. Devant ranger sous la loi de la raison les actions extérieures et les objets dont | elles sont l’usage, la justice a la charge de tout le bien
humain. S'il s’agit de la justice générale, ou légale, la prééminence du bien commun, qui est son objet direct, fait sa propre prééminence. S’il s’agit de la justice par-
ticulière, l’excellence de 14 justice peut ressortir déjà
de cette considération qu’elle règle nos vouloirs rationnels; que là est sa propre matière, au lieu que ce soient nos appétitions, comme dans le cas d’autres vertus morales. Mais c’est l’objet surtout qui fait ici la prééminence ; car les autres vertus morales sont louées comme procurant le bien rationnel du sujet; la justice, elle, procure le bien d’autrui et prend donc l'ampleur que ce mot : autrui, comporte *.
3. — Au prix ainsi attribué à la justice correspondra la malice de son contraire. L’injustice est chose grave par nature (ex genere), en tant que contraire à nos liens, à la fraternité native. L'homme est naturellement ami de l’homme. Or, aimer, c’est vouloir du bien, et la justice a été précisément définie : le bien des autres.
4. — Il n’en faut pas conclure que tout manquement particulier à. la justice soit chose grave. Il est des cas où la matière manque pour que le prochain se trouve vraiment lésé et que la loi de nos rapports soit faussée.
Qui dérobe une pomme n’est pas pour cela hors des