‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 174 sur 440 · Ils Ile, Q. LXI, art · texte numérisé non relu

Ils Ile, Q. LXI, art

Er susrice M à 253 * méré les principales. IL y a done lieu de de hire, à à ce

point de vue, les termes dé l’énumération, en éliminant ce qui est du ressort de la sociologie.

2. — La suppression de la vie n’est point une injustice par elle-même. La preuve, c’est qu’on peut tuer licitement animaux et plantes : non sans motif, mais pour l'utilité de l’homme, la nature inférieure nous étant providentiellement préparée comme matière. Si l’ordre des générations, dans la nature ou dans l’embryogénie humaine, fait apparaître premièrement le simple vivant, deuxièmement l’animal, troisièmement l’homme, ce même ordre doit se retrouver dans les finalités, et par conséquent aussi dans le droit des êtres. [1 est normal que l’homme utilise les animaux et les plantes, comme il est normal que les animaux usent des plantes, les plantes des minéraux. Et comme l'usage le plus nécessaire, ici, est la consomption, qui exige la destruction de ce qui se consomme, on ne peut y rencontrer d’injustice ‘

3. — De la suppression du criminel, il est question en justice sociale; mais ici même il est intéressant de remarquer que saint Thomas assimile le cas à celui qui précède. Le criminel, comme tel, s’évade de l’ordre humain ; il rétrograde vers l’animalité et devient — comme tel toujours — un objet utile à l’égard des bons. L'ordre providentiel veut donc qu’on le sacrifie si cela est nécessaire. La question de droit se ramènera ainsi à une question de fait”. :

4. — Le suicide, qui paraît étranger à la Justice, vu qu’il atteint le sujet moral et qu'il n'y a pas de justice

1. Ile Ilæ, Q. LXIV, art. 4 ; II Contra Gentes, cap. cxu1; In I Sené., Dist. XXIX, Q. IL, art. 2. :

9. Il: Ile, Q. LXIV, art. 2, cum resp. ad 3"; Q. LXIV, art. 6, init. ; IL Contra Gentes, chap. cexcvi; De Decem Præceplis, cap. De quinto Præcepto.

a ir MORALE DE SAINT THOMAS D AQUIN in

ê Vs JE)

envers soi-même, y rentre cependant par plus d'un

côté. Dans un but d'utilité et pour n'y pas revenir, saint Thomas en traite ici sous tous les rapports, selon

sa manière précise.

Il a été dit, en parlant de la loi naturelle, que les instincts primitifs sont le signe, en nous, d'une volonté

de nature ; que la raison a le devoir de les sanctionner |

et de les servir, n'étant elle-même que le moyen providentiellement disposé pour que les fins ainsi amorcées se réalisent. Or, le vouloir-vivre est le premier de nos

instincts, le’ plus fondamental, vu qu'on le retrouve

dans tous les êtres. Contredire cet instinct et se retourner contre soi, c’est donc offenser la nature en soi; c’est manquer à l’amour naturel de soi, amour qui est vertueux en tant que consenti par raison, en union avec la Raison qui régit la nature.

En second lieu, l’homme est partie d’un tout. Comme tel, ilest requis de pratiquer cette Justice générale dont on a dit qu'elle reliait, dans le corps social, les parties à l’ensemble, exigeant que chacun remplisse son rôle, collabore au travail social, contribue à payer la dette collective, et demeure donc à son poste, au lieu de le déserter lâchement. Celui qui se tue fait donc injure à sa communauté, ainsi que l’a reconnu Aristote :.

Enfin, troisième raison qui rejoint la première : la vie est un bien divin attribué à l’homme en usufruit, non en propre. À un point de vue absolu, rien ne peut être propre à la créature ; elle dépend essentiellement dans son activité et à plus forte raison dans son être. La forme de son activité est remise à son libre arbitre ; mais sous une loi. Quant à son être, il est en dehors de cette régulation; Dieu se le réserve, et c’est sans doute pour avoir méconnu Dieu, ou pour n'avoir pas eu une idée assez élevée de son domaine, que les Épicuriens

Page 1