Cf. Q. LXXXI, proϾm
II. — LA VERTU DE RELIGION A. — La VERTU DE RELIGION EN EÉLLE-MÊME.
1. Etymologie du mot religion. — 2. L'objet de la religion. — 3. L'extension de la vertu de religion. — 4. Sa spécificité. — 5. La vertu de religion et les vertus théologales.
4.— Saint Thomas propose pour le mot religion trois étymologies empruntées à divers auteurs. Ce mot viendrait de relire (relegere), comme si l’homme religieux était celui qui relit et retourne dans son cœur ce qu’il doit aux choses divines; de réélire (reeligere), comme pour marquer un choix repris, une espèce de conversion de l’homme tout d’abord négligent; de relier (religare), pour exprimer l’union établie entre Dieu et les âmes religieuses.
2. — Dans quelque sens qu’on le prenne, l’idée exprimée par ce mot s’applique proprement au divin. C’est à Dieu, comme au Principe indéfectible, que nous devons avant tout nous relier ; c’est son nom et sa loi que nous devons relire sans cesse, en vue de guider nos choix, vu qu'il est fin dernière; c’est à lui que nous devons revenir, pour le réélire, après que nos négligences et nos fautes nous en ont éloignés‘.
3. — En un sens, la vertu de religion enveloppe toutes les autres, dirigeant leurs objets vers son objet. propre, qui est leur fin. C’est ainsi que visiter les pauvres, protéger la veuve et l’orphelin, ensevelir les morts sont loués par la Bible comme des œuvres de religion, à savoir par l'orientation que leur donne l’homme pieux (a2mperative). Ce n’en sont pas moins des œuvres de miséricorde, et Ja religion elle-même n’en est pas moins une vertu spéciale.
4, Ie Ie, Q. LXXXI, art. 1.
4. — Ce qu'il y a de spécifique en elle tient au caracière hors cadre de son objet. Elle veut rendre honneur à Dieu et marquer, à son égard, la soumission de l’homme. Or elle y tend à cause de l’excellence du Premier Principe. Ce qu’il y a d’unique dans cette excellence fera donc la spécificité de la vertu. On honore un père autrement et par une tout autre disposition qu’on honore un roi; un roi et un père autrement qu'on honore un juste. Dieu qui est le Juste, le Roi, le Père par excellence, étant tout cela excellemment, c'est-à-dire hors de toute définition singulière, dans le transcendant et dans l’un, Dieu dis-je aura pour singularité de n’en avoir point, d’être hors cadre, d’autant plus digne d’'honneur par conséquent, puisque son excellence est transcendante à toute excellence.
À supposer donc que ia religion s’entende, en un sens générique, comme un office d'honneur, la religion qui concerne Dieu sera la religion par antonomase, la religion au sens réservé, au sens propre. Elle sera la plus particulière des vertus morales,
On voit combien saint Thomas est loin de Kant, de Fichte et de tant d’autres modernes, qui confondent la religion avec la moralité même, c’est-à-dire la nient en tant que vertu particulière, disant : La moralité suffit. A coup sûr, la moralité suffit; mais encore faut-il voir ce qu’elle comporte, et si elle n’exigerait pas quelque - chose de spécial à l'égard du plus spécial et du plus exigeant des objets.
En même temps que la mieux caractérisée des vertus morales, la religion sera la plus haute, comme la plus proche du but commun que toutes les vertus poursuivent : la manifestation du divin dans l'homme. Seule la justice générale ou légale lui sera supérieure, pour la