‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 182 sur 440 · I Ile, Q. LXXXI, art · texte numérisé non relu

I Ile, Q. LXXXI, art

ou extérieurs, et il ne up ‘pas voerc au in des s prétendus spirituels qui veulent exclure du culte reli-

gieux les manifestations visibles.

Il faut comprendre que le culte de Dieu n’est pas

requis pour lui, Dieu : il n’en à que faire; mais pour

nous, qui, en nous soumettant à notre Principe, y trou-

vons notre perfection. N'est-ce pas la perfection de tout être que d’entrer sous la loi de ce qui le conditionne, comme le corps sous la loi de l’âme? Dieu, condition totale, est donc la source de perfection de tout être. Lui obéir,c’est s'achever ; l'honorer, c’est poser sur sa propre tête une couronne (parere Deo regnare est). Or, pour s'unir à Dieu de cette façon, on a besoin du corps et de ses gestes, de la matière et de ses signes ; car, ainsi que l’a dit l’Apôtre, « les choses invisibles de Dieu éclatent aux

yeux par le moyen de ses ouvrages » (Rom., I, 20). Aussi est-il nécessaire que le culte intérieur soit sou-

tenu — comme il est exprimé — par l’autre. Gestes et choses seront des signes par lesquels sera excité l’esprit, en vue de s'unir à Dieu, et ils deviendront religieux du fait de leur utilité religieuse.

Prétendre, ainsi que le font certains, que dans ce domaine ou dans un autre l'esprit à lui seul se suffit, « c’est ne pas se souvenir qu’on est homme » °

2. — Les actes intérieurs de la vertu de religion sont la dévotion et la prière.

La dévotion est une volonté prompte et attentive en ce

qui concerne le culte de Dieu. Cest à cela surtout que

l’homme religieux se fait reconnaître. La source en est dans une fréquente considération du tout de Dieu et du néant de l’homme ; de l'abondance des biens qui nous viennent d’en haut et de l’indigence où nous

4. Ibid., art. 7; Q. LXXXIV, art. 2; IT Contra Gentes, cap. GXIX, In III Sent., Dist. IX, Q. L, art. 3.

ce

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sommes par nous-mêmes. Ce double sentiment écarte la présomption et crée l’amour, cause prochaine de la promptitude du vouloir.

Il est bien vrai que si la considération prend la forme savante, elle peut produire la présomption au lieu de la vaincre; mais cela est accidentel. De soi et toute condition posée, la contemplation savante aboutit à la vérité, et celle-ci, en ce qui nous concerne, est humilité, en ce qui concerne Dieu grandeur et universelle bienfaisance. Par conséquent, la science est, de soi, une source de dévotion religieuse ‘

3. — L'effet normal, en nous, de cette dernière, est la joie, bien qu'il doive fatalement s’y mêler de la tristesse. Puisqu’elle nous pousse à Dieu souverain Bien à partir de notre misère, les deux extrêmes de ce mouvement d'âme tendent à produire des effets contraires ; mais non pas compensés. La contemplation du divin cause la joie par soi-même, et accidentellement la tristesse, pour ce que nous ne pouvons en jouir pleinement. La contemplation de nos misères cause la tristesse par soi, et accidentellement la joie, par l’espérance du secours divin. Seulement, la dévotion ne faisant que partir de l’homme pour courir se jeter en Dieu, le par soi de la tristesse doit le céder au par soi du bonheur. L’âme ne fait que traverser le flot des larmes en se traversant elle-même. La tristesse « selon Dieu » conduit à l’allégresse, selon le mot d’Augustin : Doleat, et de dolore gaudeat*?.

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