‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 183 sur 440 · C. — La PRIÈRE · texte numérisé non relu

C. — La PRIÈRE

1. Notion de la prière. — 2. Le mode d'efficacité de la prière. — 3. Raison d’être de la prière. — 4. En quoi la prière est un acte

4. Il ITe, Q. LXXXII, art. 3, cum resp. ad 3n. 2. Ibid., art. 4.

de as — $. L'objet de. la prière. — 6. La prière pour autrui. — 7. La prière vocale.

Fe LES VERTUS ANNEXES AN LA FUSTICE

4. — La prière en général est un acte de la raison pratique par lequel l’homme cherche à réaliser un désir en influant sur celui dont dépend cette réalisation.

2. — La prière est une cause. Non une cause principale et directe ; mais une cause dispositive, n’atteignant le fait que par l'intermédiaire de la cause principale. Toujours est-il qu’elle influe sur l’événement. Elle n'implique pas nécessité, comme une motion irrésistible ou, au moral, un ordre adressé à un inférieur ; mais elle induit et dispose, en demandant que la chose soit faite par qui en a le pouvoir, que ce soit un supérieur ou un égal.

A l’égard de Dieu, une correction capitale s’impose. Induire Dieu à quelque chose; le disposer à quelque chose, ce serait une prétention folle. Dieu ne change pas ; Dieu n’est pas dans le temps, et il ne dépend en aucune manière de notre action, même sous la forme diminuée qu’on suppose. La prière ne peut donc pas avoir pour objet de le faire vouloir; mais seulement d'exécuter son vouloir, en ce que sa providence, qui enveloppe les causes et Les effets, veut produire certains effets par le moyen de certaines causes, parmi lesquelles est la prière.

Dieu ne voudra pas une chose parce que nous l’avons demandée ; mais il veut ceci : qu’elle soit parce que nous l'avons demandée. C’est entre les éléments du relatif que la causalité s'exerce, non du relatif à l’Absolu, comme si nous avions pouvoir sur Dieu.

Il faut donc éviter ici un double écueil : nier que la prière soit utile, en supposant que l’immutabilité divine ou quelque autre motif la condamne à être inefficace ; affirmer son utilité, mais de telle sorte qu'on fasse brèche à l'immutabilité divine ou à quelque autre attribut divin.

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276 ; LA MORALE DE SAINT THOMAS S D'AQUIN * Re Ce qu ‘on a dit ailleurs” de la Providence dans ses rapports avec Îles causes créées doit ici s'appliquer, Ja

prière étant une cause.

3. — Et de même que nous ne prions pas dans la pensée de faire changer Dieu, ainsi ne prions-nous pas pour lui faire savoir ce qui nous manque. Nous cherchons bien plutôt à nous le faire savoir à nous-mêmes, à nous en pénétrer afin d'agir en conséquence.

Enfin, que Dieu ait fait dépendre certains de ses dons de la prière, comme il en fait dépendre d’autres de notre action, c’est pour des raisons de même ordre, et qui sont paternelles. Comme l’action nous grandit, en nous rendant fils de nos œuvres, au lieu quele don pur et simple, nous privant de cette gloire, nous priverait de la joie qui s’y joint : ainsi la prière nous grandit premièrement pour lemême motif, étant aussi une certaine causalité ; ensuite, en nous faisant approcher Dieu; en nous donnant le sentiment de notre condition véritable ; en excitant notre confiance ; en nous mettant en société avec l'éternel *.

4. — La prière est un acte de religion non en ce qu’elle marque un désir de notre part et attend pour ce désir une satisfaction. Sous ce rapport, la prière bien faite appartiendrait plutôt à l'amour du bien, ou charité. Mais puisque c'est à Dieu en tant que puissance, en tant que bonté, en tant que providence, miséricorde, justice, etc., que nous adressons notre appel, nous reconnaissons donc son domaine et ses perfections, nous lui rendons hommage, nous nous plaçons au-dessous de son pouvoir. Qui demande à besoin ; qui reconnaît un besoin et l’expose, se soumet. Aussi les orgueil-

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