‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 196 sur 440 · Ibid., Q. CII, art. 4, cum resp. ad · texte numérisé non relu

Ibid., Q. CII, art. 4, cum resp. ad

288 Ft MORALE DE. SAINT THOMAS D'aQUIN

Relativement à CR honneur, on dirait : fl consïste | prin- | cipalement dans un mouvement du cœur, et à l'égard de Dieu qui voit le cœur, cela suffit; mais pour les

hommes, les témoignages s'imposent. Paroles expri-

mant l’excellence ou les sentiments qu’elle fait naître, gestes de déférence, inclinations, cadeaux honorifiques, érection de monuments, etc., peuvent prendre ainsi une valeur morale.

Il n’est pas nécessaire que celui qui est ainsi honoré soit supérieur absolument à celui ‘qui l’honore, mais seulement qu’il soit digne d'honneur en soi, c’est-à-dire supérieur à d’autres ou à l’honorant sous certains rapports.

. Il n'est pas indispensable non. plus que le supérieur soit vertueux pour que l'honneur lui soit dû ; le rôle suffit, vu que Dieu s’y reflète et que Dieu est toujours le motif suprême de l'honneur comme de tout devoir.

Remarquant d’ailleurs qu'il se trouve toujours en chaque homme de quoi être jugé supérieur à un autre en quelque chose, on dira avec saint Paul : Jugez-vous humblement supérieurs les uns aux” autres, et l’on en conclura le respect mutuel, le culte, en chaque humain, de l’aspect de divinité qu’il présente?.

4. — Au sujet de l’obéissance, on rappellera ce qui a été dit du parallélisme existant entre les actions humaines et les actions ou réactions de la nature,

Dans l'univers matériel, les agents les plus élevés, ceux dont l'influence s’étend à un plus grand nombre dé phénomènes sont à l’égard des autres comme les représentants de la Providence, qui, par le moyen de leurs propriétés générales, régit tout le reste. Ainsi, dans le monde humain, les supérieurs meuvent les inférieurs à leur fin, par une autorité dont Dieu n’est pas

4. Ibid., Q. CIIT, art. 4, et In I £thic., lect. 48. 2. Ibid,, art. 2. cum resp. ad 2» et ad 30.

moins le principe. Ce que sont dans-un cas les propriétés naturelles, la raison et la volonté le sont dans l’autre, et ce qui là s’appelle mouvoir, s'appelle ici commander. Il s’ensuit manifestement que l’obéissance de l’inférieur au supérieur, toutes conditions étant posées, appartient au droit de nature.

5. — Les restrictions à introduire dans la pratique de cette justice ne ressortent pas moins que son principe de la comparaison qu'on vient de faire. Deux raisons peuvent s'opposer à ce qu’un agent naturel suive l'impulsion d’un autre. Premièrement l’empêchement apporté par un agent contraire et plus efficace, comme si l’eau éteint le feu qui allait consumer la paille. Deuxièmement, le manque de lien entre le mobile et le moteur envisagés, relativement à certains effets, comme si l’on dit que le sang est soumis à la chaleur interne, mais à un certain degré seulement et en vue de certains résultats.

De même, un supérieur peut déchoir de son autorité à cause d’une autorité prééminente et adverse, ce qui fera dire par exemple aux martyrs : J/ vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ; ou bien à cause d’une incompétence relative, nulle autorité, sauf celle de Dieu, ne s'étendant à tout comme à tous”.

6. — À l’égard de l'autorité divine, il faut distinguer soigneusement l’obéissance en tant qu’elle est une vertu générale, l’ensemble des vertus, et l'obéissance vertu particulière, au nom de laquelle l’inférieur se soumet à la loi divine en ceci qu’il obéit à ses supérieurs, et particulièrement à Dieu même, non plus cette fois en tant que Dieu est Le fondement de la moralité générale, mais en tant qu'il est chef, le chef des chefs, auquel chacun,

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