IV. — LA GRATITUDE ET L’INGRATITUDE
1. Fondement de la gratitude. — 2. Fausses excuses des ingrats. — 3. La gratitude à l'égard des inférieurs. — #4. Les moyens de la gratitude. — 5. L’opportunité du retour. — 6. La mesure de la gratitude. — 7. La malice et les degrés de l’ingratitude. — 8. La sanction de l’ingratitude.: .
1. — Descendant encore d’un degré dans l'échelle vertueuse que représentent lare/igion, la piété familiale, l’observance de nos devoirs à l’égard des personnes constituées en dignité (observantia), nous rencontrons la gratitude. Ce n'est pas que celle-ci ne soit déjà une nécessité des vertus précédentes. Serait-on dévôt envers Dieu, pieux à l'égard des siens, observant à l'égard de ses chefs, si l’on n'était reconnaissant de leurs bienfaits ? Mais puisqu'il est des bienfaiteurs qui ne sont ni chefs, ni parents, ni Dieu même à titre immédiat, et que d’ailleurs les bienfaits sont un titre spécial à la fidélité religieuse, filiale et soumise, il est nécessaire d'inscrire la reconnaissance dans le catalogue des vertus annexées à-la justice.
Le rapprochement opéré si souvent entre les actions morales et les actions naturelles peut encore apporter ici une lumière. Dans la nature, les effets et les causes sont naturellement enchaînés en deux sens. Les effets coulent des causes et tendent d’une certaine manière à y remonter, vu que lanature poursuit des fins, etqu’une fin obtenue est comme un retour de l’effet à l’agent, en tant que satisfaction donnée aux raisons de l'agir.
Or, parmi nous, un obligé et son bienfaiteur sont évidemment, comme tels, dans la relation de l'effet à la cause. L'ordre naturel des choses requiert donc que l’obligé se retourne vers son bienfaiteur et satisfasse, par ce que nous appelons gratitude, à la relation qui les lie, selon qu'il convient à l’un et à l’autre.
imperfection, cela n’exonère point us qui le a car <il est d’un bon cœur de faire plus attention au bien qu’au mal ». Toutefois, puisque de ce fait le bienfait devient moins grand, moins “one aussi est la
que vraiment il ait voulu avec cela nous être utile. S'il n'eût pensé qu’à lui, il en serait, a dit Sénèque, comme d'un propriétaire qui nourrit son cheval; mais s’il a
sance. Quel cœur aurait celui qui, avant de remercier, exigerait d’abord que son bienfaiteur ait pâti de sa
8. — Nos serviteurs aussi bien que nos amis et nos supérieurs Don ie Séron à la gratitude ; car eux
doivent n’exige de nous, quand ils l’ont accompli, qu'un sentiment de justice satisfaite; ce qu’ils font au delà prête à reconnaissance et à juste retour.
4. — Qu'on n’en croie pas non plus ceux qui disent : Je ne puis rien pour mon bienfaiteur, n'ayant rien, ou
+ À. Ibid., Q. ONI, art. 3.
| 2. Ibid., ad 2n, 3. Ibid., ad 3n.