Ibid., ad 4m
lui-même n'ayant besoin de rien. On peut toujours, même indigent, même à l'égard du riche, vu qu’on peut honorer, concevoir et déclarer des sentiments qui sont le vrai fond de la reconnaissance, établir des rapports qui seront pour l’heureux un bonheur de plus, en même temps qu’il pourront être un appui, tout homme vivant ayant ses dangers et ses indigences".
5. — Quant à la facon de rendre, on doit veiller à l'opportunité. Dès le bienfait reçu ou promis, on doit des sentiments, et l’on a dit que ceux-ci sont le meilleur de la reconnaissance. Aussi Sénèque a-t-il écrit : « Tu veux reconnaître un bienfait? Reçois-le bien° ». Mais quant au fait, trop d'empressement ne serait pas selon la vertu; car payer sans vouloir souffrir de retard, c’est accepter à regret, et accepter à regret un bienfait véritable, c'est être ingrat*.
Ce qu’on en dit est d’ailleurs applicable au bienfait lui-même ; car un empressement indiscret à obliger devient une sorte d’injure. La raison doit tout régir : le bienfait pour qu'il réponde à l'opportunité; la recon- naissance pour qu'elle s'y égale *.
6. — Afin que cette égalité soit atteinte, il devra ÿ avoir chez l’obligé une tendance à dépasser en retour ce qui lui a été donné; car s’il égale les choses aux choses, il n’égale pas les sentiments aux sentiments, vu que le bienfait était gratuit et qu un retour simplement égal — je dis en intention — ne le serait point*.
On voit que dans la relation ainsi engagée, une sorte de cercle sans fin est institué. Le bienfaiteur et l’obligé