‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 204 sur 440 · VI. — LA VÉRACITÉ · texte numérisé non relu

VI. — LA VÉRACITÉ

A. — La VÉRACITÉ ET LA JUSTICE.

La véracité se rapporte à la justice en ce qu'elle concerne autrui ; en ce qu’elle recherche une certaine égalité, manifestant par des signes adéquats, paroles ou gestes, ce qu’on sait ou qu’on croit être vrai. Elle est cependant une espèce déficiente par rapport à la justice en son essence complèle, en ce que la dette de vérité n’est pas exigible légalement, mais moralement, au nom d’une honnêteté fondée sur la nécessité des rapports.

Sans véracité, la société n’est pas possible. La confiance est notre lien, et la confiance exige la droiture réciproque. Or, l’homme est naturellement animal social. Il lui est donc naturel de se manifester tel qu’il est. Y manquer, c’est manquer à la société : donc, sous ce rapport, à la justice‘.

Evidemment, cette véracité nécessaire n’est pas sans conditions. Toute vérité n’est pas bonne à dire, en toutes circonstances. On sait que les circonstances font partie de l’objet de la vertu. Aristote a remarqué que le juste milieu vertueux tend ici plutôt au moins qu’au plus; car ce n’est pas mentir que de passer sous silénce certaines choses, et c’est souvent être onéreux à autrui que de tout divulguer indiscrètement.

Cela ne veut pas dire qu’on puisse nier ce qu’il est bon de taire. Autre chose est le silence, autre chose la fausseté. Toutefois, quand il s’agit de nous, il répugne moins à la vertu de’nier ce qui nous est favorable, füt-ce vrai, que de l’affirmer quand cela est faux ; car sans doute la vérité est blessée également ici et là ; mais non pas la prudence. Il est plus imprudent, parce

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