‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 208 sur 440 · C. — La SIMULATION ET L'HYPOCRISIE · texte numérisé non relu

C. — La SIMULATION ET L'HYPOCRISIE

1. Notion de l'hypocrisie. — 2. Modalités et gravités diverses de l'hypocrisie.

4. — Le mensonge s’opposant à la véracité en tant qu'il est une manifestation déformée, propre à tromper sur l’état réel du sujet moral, il doit s'étendre aux manifestations actives aussi bien qu'aux paroles. L'usage, toutefois, réserve volontiers le mot mensonge pour signifier la fausseté verbale, et les mots simulation ou hypocrisie pour marquer la fausseté active.

La différence entre ces deux derniers vocables consiste en ce que le premier est plus large et comprend le second comme une espèce. Le simulateur cherche à faire croire ce qui n’est pas, en une matière quelconque; l’hypocrite cherche à faire croire ce qui n’est pas en matière de vertu personnelle. L’un simule quoi que ce soit, l’autre simule la justice. à

Comme donc le mensonge proprement dit offense la vérité en paroles, la simulation offense la vérité en

4. Kant, Doctrine de la Vertu, trad. Barni, p. 249. Cf. l'Analyse critique, p. LXXIII et seq.

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actes. Elle est un mensonge de fait. Elle ee donc : la même malice, avec tous ses degrés et ses modes. En effet une parole mensongère est jugée immorale

non en tant que parole proprement; mais en tant que

signe. Signifier ce qui n’est pas, c’est son péché. Or on signifie par gestes et par actions aussi bien que par paroles. Toute action significative, tout geste volontairement expressif qui n’est pas conforme à la vérité, comportera donc le même jugement’.

On y devra joindre la même restriction. De même que taire pour un juste motif n’est pas mentir, ainsi

-s’abstenir prudemment de manifester n’est pas user de

simulation, mais de vertueuse réserve.

2. — L'hypocrisie, telle que l’entend le plus souvent l'opinion et telle que l’a si violemment flétrie l’Evangile est une simulation d’une vertu méprisée ou en tout cas négligée délibérément, tout le souci de l’hypocrite étant de s’en procurer la gloire ou les bénéfices.

Un tel état moral est évidemment fort grave. Il s’atténue si le sujet, tout en ne possédant point la valeur

morale qu'il simule, en fait état et se proposerait volon-

tiers de l’acquérir. Reste à savoir pour quel motif il la simule. Si c’est en vue d’un bien, son hypocrisie devient une sorte de mensonge officieux ; si c'est en vue d’un mal, il ÿ a mensonge pernicieux, dont la gravité se graduera selon les règles susdites. Si aucun motif n’intervient, hors le désir de simuler par plaisir ou par habitude, il en sera comme de ceux qui mentent pour mentir. Par elle-même, une telle hypocrisie n’est pas grave; c'est une inconséquence, a dit Aristote, plus qu’une malice ?.

Toujours est-il qu’il y a hypocrisie toutes les fois

1. Ie Ile, Q. CXI, art. 4 et 2; in IV, Sent. Dist. XVI, Q. IV, art. 4:

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