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324 Un LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUN

8. — On distinguera ultérieurement, parmi les usages de l’argent, deux actions différentes que la vertu de libéralité doit régler l’une et l'autre : la dépense et le don. Car la matière prochaine de la libéralité étant le sentiment même du Un à l'égard des biens, elle doit s'étendre à tout ce qu’un tel sentiment gouverne. Or, les dépenses personnelles aussi bien que les largesses sont dans ce cas. On n’appellerait pas plus libéral un homme qui lésine pour ses dépenses que celui qui

“hésite à donner quand il faut. L'un et l’autre est un

avare.

Toutefois, c’est par le don surtout que se mesure la libéralité ; car, dirigeant l’usage, elle préside à la diffusion, et, dans les limites de la vertu, à la diffusion la plus large. On dit la diffusion, plus que l’acquisition ou la conservalion, parce que l'acquisition est une géné-

ration de la richesse, non un usage, et que la conservation est, à l'égard de l’usage, une disposition (habitus).

On dit ensuite la diffusion la plus large, parce que c’est celle qui, la prudence étant sauve, prouve la plus grande vertu, comme la force d'une arme de jet se prouve par la fuite du projectile. Projeter loin de soi ses biens par des largesses vertueuses prouve donc la libéralité au maximum, tant que la sagesse dirige.

Ceux qui se figurent que la sagesse éclate mieux à

garder qu’à répandre se font illusion volontairement. Ilest manifeste que l’usage, qui implique activité, sol-

licite la prudence plus que la conservation, qui ressemble au repos.

On à remarqué il est vrai que ceux qui n’ont pas acquis eux-mêmes les richesses les répandent plus facilement, et la cause en paraît être dans leur inexpérience du besoin. Mais cette inexpérience, si elle était la seule cause des largesses, leur enlèverait tout caractère ver-

A. 1bid., art. 4.

ts # ce ne serait plus Hibéralité, ce serait légè-

reté ou sottise. Il y a autre chose, souvent, dans la

facilité dont on parle. Il arrive que l’inexpérience du

besoin enlève seulement l’obstacle qui entraverait la libéralité, à savoir une crainte égoïste de tomber dans le besoin, ou un amour quasi paternel des richesses personnellement acquises. |

Précisément parce que la libéralité consiste surtout à donner, l’homme libéral s’attriste parfois d’avoir donné, à savoir hors de propos; car il s’en trouve empêché à l’égard de largesses utiles *.

Par ailleurs, recevoir étant une occasion de donner, on pourrait croire que l’homme libéral aime à recevoir, voire à demander, afin de donner ensuite. Mais ce détour n'appartient pas à notre vertu. Bien recevoir et même demander peut être un acte d'amitié : ce n'est pas un acte de libéralité. La libéralité donne; elle ne reçoit point et à plus forte raison ne demande point. Ce qu’elle donne vient de son fonds, ou d’une procuration diligente *

9.— On peut maintenant juger tout à fait du rang que tient la libéralité à l'égard de la justice, de la bienfaisance ou de la miséricorde. La justice, disait-on, donne à autrui ce qui est à autrui; la libéralité donne du sien. C’est vrai. Toutefois, donner du sien, les rapports humains étant ce qu’ils sont, c’est d’une certaine façon payer une dette, puisque cela convient. Il y a là un minimum de droit qui rapproche la libéralité de la justice, sans l’y confondre. | À

La bienfaisance et la miséricorde ressemblent à la libéralité en ce que, elles aussi, donnent; mais le don bienfaisant ou miséricordieux procède d’un sentiment à l'égard de la personne; la libéralité vient surtout d'une

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