‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 225 sur 440 · B. — L'AVARICE · texte numérisé non relu

B. — L'AVARICE

4. Définition de l’avarice. — 2. À quoi s'oppose l’avarice. — 3. Gravité de l’avarice. — 4. L’avarice vice capital. — 5. Les vices qu'engendre spécialement l’avarice.

4. — « Le bien consistant, en toutes choses, dans une mesure convenable, il est fatal que par excès ou par défaut, le mal survienne. Or, à l'égard des choses qui s’ordonnent à une fin, le bien est dans la proportion de ces choses à leur fin. La bonne potion est celle qui guérit ou soulage. Or, les biens extérieurs appartiennent à l’utile. Le bien moral, en ce qui les concerne, consiste

1. Ibid., art. 5, cum resp. ad An et 3m ; Q. XIII de Malo, art. 1. 2, Tbid., art. 6.

one en une e juste mesure ibn aux ue de la vie, eu égard à la condition de chacun. L’excès, par rapport à cette mesure, est donc peccamineux, à savoir lorsque quelqu'un veut immodérément acquérir ou conserver des richesses. C’est ce qui caractérise l'avarice, qui se définit : un amour immodéré de posséder. »!

2. — Un tel vice est contraire à la fois au sujet, dont il corrompt les appréciations et les affections ; au prochain, qu'il lèse en retenant pour soi plus que ne permet la vertu. La nature nous y porte comme à tous les vices, particulièrement dans la vieillesse, où la défaillance des ressources personnelles incline à amasser ou à conserver des biens qui seront comme des appuis contre les secousses de la mort. Mais la nature a pour règle la raison, qui est nature aussi ; qui est nature en premier, l’homme étant un être raisonnable ?.

Il va de soi que lorsqu'on parle du nécessaire ou de l’utile selon la condition de chacun, il ne s’agit pas de la condition du sujet séparé des siens, séparé de son milieu; ni davantage de sa condition matérielle et présente. Comprendreainsi, ce seraitoublierla valeursociale des richesses et interdire toute ascension. La condition du sujet doit se juger de façon à y inclure tout ce qui le concerne et à quoi il peut légitimement prétendre; tout ce qui répond à ses capacités de bonheur vrai, d'utilité familiale et sociale. Un désir d’ascension qui s’efforce au bien ne peut être appelé une avarice *.

Il ést important de remarquer que l’avarice, selon la teneur totale de ce mot, s'oppose à deux vertus et déborde ainsi le cadre dans lequel paraîtrait l’enfermer l'étude présente. Elle s'oppose à la justice lorsqu'elle

4. Ie Le, Q. CXVIIL, art. 1; Opusc. De Decem Præceptis, cap. de IX præc.

2, Sum. Theol., loc. cit. ad 2x et 3v.

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