C. — La PRODIGALITÉ
1. La prodigalité comparée à l’avarice. — 2. La prodigalité et les voluptés. — 3. Gravités relatives de la prodigalité et de l’avarice.
4. — À l’avarice, également ennemie de la libéralité vraie, la prodigalité fait pendant. Toutefois, l'opposition entre ces deux vices n'est que relative. En effet, l’opposition de deux vices contraires, par rapport à la vertu qui tient le juste milieu, se prend de l'excès et du défaut. Or l’excès et le défaut ont lieu ici de façons diverses. Si l’on parle des sentiments, on dira : L'avare aime trop les richesses ; le prodigue n’en a pas assez de souci. Mais si l’on a égard aux réalités extérieures,
À. Ibid., ad 1».
T excès et À défaut ne se pe ds de même. Le
prodigue excède dans le don et se montre insuffisant dans l'acquisition ou la conservation. L’avare fait exac-
tement le contraire. Comme pourtant le don est l’objet
principal de la libéralité, qui tient ici la mesure exacte,
c'est avant tout d’après l'attitude observée à l’égard du don que les vices contraires se jugent. Celui qui excède en donnant, à savoir le prodigue, sera donc à un extrême, et sera dit manquer à la vraie libéralité par excès. Celui qui donne trop peu sera à l’autre extrême, et sera dit manquer à la libéralité par défaut‘.
Il n’en sera pas moins vrai que l’avarice et la prodigalité, quoique contraires en ce sens-là, sont conciliables
et restent dans une indépendance relative. Il en est qui
ne donnent pas assez, sans que pour cela ils excèdent
dans le souci d'acquérir. Il en est d’autres qui donnent trop, et par là sont prodigues, qui en même tempsont de l’âpreté au gain, et par là sont avares, soit qu’ils se
mettent par leur prodigalité dans des difficultés d’argent qui les rendent ensuite rapaces, soit qu'ils ne se proposent, par leurs prodigalités, que de capter la faveur de quelqu'un et de l’exploiter ensuite; soit qu'ils aient peu de souci du bien, dans un sens comme dans l’autre. Livrés au désordre de l’âme, ni ils ne font leurs largesses par vertu, niils ne s'inquiètent de la façon dont acquièrent.
C'est pour cette même raison que Pa simplement libéral donne souvent plus que celui qui est pro-
digue. Ainsi font ceux qui quittent tout et renoncent à
tout souci de richesse pour le Christ. On ne va pas les appeler prodigues ; la totalité de leur don ne les fait verser à aucun extrême. Ils agisserit selon le bien, donc selon le juste milieu de la raison droite. Ils pratiquent la libéralité en sa perfection.