‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 235 sur 440 · L'AMITIÉ A · texte numérisé non relu

L'AMITIÉ A

LI. — L'AMITIÉ EN GÉNÉRAL ET L'AMITIÉ DE CHOIX 1. L'amitié et la vertu. — 2. Définition de l’amitié. — 3. Ce qu’exige ou n’exige pas l’amitié. — 4. À qui s'adresse l'amitié. — 5. Diverses espèces d'amitié.

tié active et amitié passive. — 8. Extension de ar — 9. Les causes de l’amitié. — 10. Le prix de l'amitié. 4. — Quant à l'amitié, peut-être convient-il d'en

traiter aussi à propos de la justice, bien qu’elle ne soit te ÿ

pas à proprement parler une justice.

Est-elle même une vertu, c’est ce qu'on peut contester. por paraissant laisser la question dans le doute, a dit : « Ou elle est une vertu, ou elle est affiliée à la os »* Cette dernière hypothèse semble la plus

exacte. En effet, s’il est vrai de dire que l’amitié est due

à l’ami, en tant qu’il est ami, et si cette dette morale ou ce bénéfice réciproque, bien que gratuit, peut faire

passer l’amitié pour une vertu annexée à la justice, lou-

tefois, on peut dire avec plus de justesse ceci : L'amitié

n’est louable que selon qu’elle est fondée sur la vertu.

Elle n’est donc pas vertu par elle-même. Qui voudrait

appeler vertu une liaison de plaisir ou d'utilité, sans

nul souci des biens qui. ont été classés dans l’honnéte ?

Quand l’amitié est vertueuse, c’est en raison de son 4. Elhic Nic. VU, I, énil. ;

SERTILLANGES. s : 22

Re a MORALE DE SAINT THoMAS D'AQ

fondement, et il est donc plus naturel d'y voir une suite de la vertu qu'une vertu à parl*. FT

De plus, la vertu ne dépend que de l'homme vertueux; or l'amitié ne dépend pas que d'un seul : elle exige le retour”.

2. — Quoi qu'il en soit, on peut définir l’amitié un amour de mutuelle bienveillance, fondé sur la communication des vies. Aimer ainsi; vouloir du bien, en faire autant qu'on le peut, entretenir un commerce suivi dans la douceur et la concorde, dans le partage des joies et des peines : tels sont ses caractères *

Celui qui aime sans vouloir du bien, mais en recherchant lui-même son bien, celui-là n'aime pas d’un amour d'amitié ; il aime d’un amour de désir (cujusdam concupiscentiæ.) D'un autre côté, celui qui veut du bien n’est point par cela seul un ami. La bienveillance et l'affection, ce n’est pas la même chose. L’affection, pour autant qu'elle réside dans la sensibilité, suppose l'élan et une certaine accoutumance, alors que la bienveillance est en soi toute rationnelle et ne dépend pas du temps. Dans la mesure où elle est rationnelle aussi, c’est-à-dire de choix, et non d’inclination instinctive, l'affection consiste dans une certaine union en vertu de laquelle chacun considère l'autre comme soi-même ou comme quelque chose de soi. Cela est plus que de la bienveillance. On peut donc dire avec le Philosophe que la bienveillance est le commencement de l’amitié ; mais que ce n’est pas l’amitié même *

8. — De plus, il y faut la réciprocité, et il faut que cette réciprocité soit connue ; car un ami doit être aussi Pami de son ami (amicus est amico amicus.) Or, une

À Ia Ie, Q. XXII, art. 3, ad 1m.

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