‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 251 sur 440 · SO TR ON TM L'AMITIÉ AU · texte numérisé non relu

SO TR ON TM L'AMITIÉ AU

sages, des vieillards, qui, connaissant la vie, se disent facilement, quand un malheur survient: Aujourd'hui à toi, demain à moi; ou encore des craintifs, des débiles, qui, se sentant vulnérables, imaginent, à propos du mal d’autrui, le leur propre.

Inversement, ceux qui croient en leur étoile ou qui

se jugent tellement forts que rien ne puisse leur arriver

de mal, sont moins portés à compatir'.

Comme pourtant les extrêmes se touchent, quelqu un qui est déjà accablé de maux pour son compte ne trouve plus de place en soi pour la compassion, pour autant du moins que celle-ci vient d’un retour sur soi-même. Que craindrait-il en effet, désormais ? Si d'autre part la crainte est véhémente, elle distrait de tout le reste. Combien peu pensent à à autrui, dans un naufrage * !

Pour la même raison, les gens en colère, les gens qui ont une injure à venger compatissent peu, parce que ces sentiments provoquent l'audace, passion virile qui exalte l'esprit et l'empêche de croire à un mal possible. De même, l’orgueil, qui nous fait mépriser autrui,

empêche de compatir à des maux qu'on juge facilement

mérités *

4. — Mais cet aspect de la miséricorde n’est pas le meilleur. Ce qui rend miséricordieux vraiment, au sens vertueux de ce terme, c’est ceci que les maux d'autrui nous apparaissent non pas comme près de déteindre sur nous ; mais comme nôtres, de par l’unité de l'amour. C’est pour cela que la miséricorde est annexée à l’amour. En effet, la tristesse, la douleur concernent notre mal. Si donc on compatit à autrui pour lui-même, et non pas pour soi, c’est que autrui est devenu soi, ce qui

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