‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 254 sur 440 · IR Ie, Q. XXXI, art. 1, cum resp. ad 1m et · texte numérisé non relu

IR Ie, Q. XXXI, art. 1, cum resp. ad 1m et

faisance. « Faisons le bien à l'é ‘gard de tous, tandis que le temps nous en est laissé », dit l’Apôtre aux Galates (cap. ult.).

Si ce n’est point en particulier que l’occasion s’en présente, que tout au moins notre sentiment y soit prêt, et qu’en général notre amour se prouve par ce bienfait anonyme et universel qui est la prière pour tous”

8. — À l'égard du prochain immédiat, la règle des bienfaits, c’est à la fois le besoin et la proximité. Puisque la vie morale imite la nature et que tout imite Dieu, H faut faire ici comme Dieu, qui répand davantage ses biens sur les natures plus proches de la sienne, et comme le feu, qui chauffe à proportion de la distance. Seulement la distance, entre humains, non plus que le besoin, n’est pas un absolu. Quelqu'un est proche sous un rapport, qui est distant sous un autre. Mon père est proche de moi selon la nature, mon concitoyen pour la vie civile, mon coreligionnaire pour la vie spirituelle, et ainsi du reste. Selon ces diverses conjonctions, diverses lois de la bienfaisance s’établissent. Je ne secours pas mon parent, à la guerre, s’il est dans Île camp ennemi, comme mon voisin de bataille.

À cet égard, il faut procurer à celui qui nous est plus

proche dans un certain ordre, davantage des biens qui

concernent cet ordre. Mais cela non plus n’est pas absolu ; les temps, les lieux, les occasions le rendent variable. Mieux vaut sauver un étranger qui périt que secourir son père en un besoin minime.

On est obligé ici de s’en rapporter à l’homme prudent, qui sait juger des occurrences. Tout ce qu’on peut dire, c'est que, toutes choses égales d’ailleurs, et à parler en général, on se doit davantage à celui qui a été rapproché de nous par la Providence ?

Page 1