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Les frères et les sœurs, eux, s'aiment parce

qu'ils ont une origine commune. L'identité relative de ne se .. chacun avec son principe fait leur identité mutuelle.

. Che r x EMAANE 2 | Aussi dit-on de deux frères : C’est le même sang, c’est se LE

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la même souche. D’être nourris ensemble, cela con- : firme les liens. La proximité des âges aussi y confère, étant donné que l’amitié veut l'égalité et la similitude des facons de vivre.

6. — Les neveux et les oncles, les cousins et les autres consanguins sont amis naturellementen tantque rattachés eux aussi, plus ou moins prochainement selon le degré, à une origine commune. Les causes de l’affection sont ici atténuées; mais elles subsistent, etavecelles, plus ou moins, les devoirs.

7. — En remontant, on trouvera que l'affection Fu Dan à enfants pour les parents et, proportionnellement, celles qui en dérivent, doivent ressembler à l’amour des : hommes pour Dieu, quand une fois ils se sont rendu compte de ce qu'ils en reçoivent, et que leur cœur est droit. Jamais l’en‘ant ne peut rendre ce qui lui a été donné de Dieu par ses père et mère ; il est donc, à leur égard, toujours débiteur. Aussi, selon l’ordre de la nature, se doit-il à eux d’une certaine manière plus qu’à tous. S'il peut bien arriver que le père soit amené à rejeter son fils pervers et à lui refuser des secours dont il abuse, la réciproque n'est jamais vraie; car celui-là seul qui donne gratuitement, et non pas celui qui doit, est en droit de cesser le commerce”.

‘4. IR Ie, Q. XXVE, art. 40; In VIIL Ethic. loc. cit.; In III Sent. Mr de Dist. XXIX, art. 7. ire 2. In VIII Ethic, lect. 44; Ils Ilæ, Q. XXVI, art. 9.

8. — Entre l'époux et l’épouse, l’amour mutuel pro- -cède de la nature génitrice et de ses fins, dont l’attrac-. tion se retrouve dans toutes les espèces vivantes. S'il est vrai de dire que l’homme est naturellement animal social, il l’est bien davantage de dire qu’il est animal conjugal ; car la tendance sociale a pour première satisfaction la famille, satisfaction de toutes la plus nécessaire, puisqu'elle procure aux humains l'être même, et sur laquelle toutes les autres se greffent.

La tendance politique est une tendance d'espèce, propre à l'humanité raisonnable ; la tendance familiale, dont l'amour conjugal est la manifestation, est une tendance de genre, ere ce qui est doué de sentiment sur la terre.

9. — La différence de finalité entre l’amour humain et l’amour animal consiste en ceci que ce dernier ne recherche guère que la procréation ; le premier tend à établir entre les époux une association complémentaire, en vue de ce qui est nécessaire à la vie.

Il apparaît en effet au premier regard que les attributions de l’homme et de la femme, dans la vie, sont diverses ; que leurs facultés se complètent; que leurs instincts les poussent en divers sens, l’homme visant surtout à l’activité du dehors, la femme aux choses intimes. À eux deux, ils se suffiront, si chacun vaque à ce qui lui est propre et le réfère à la vie commune. L'économie domestique, base de l’économie politique, se joint ainsi à l’activité naturelle des sexes !.

10. — Le lien le plus fort entre les époux, ce n’en seront pas moins les enfants ; car dès le début, et qu'ils le veuillent ou non, c’est vers l’enfant que leur attrait mutuel les oriente. Là est l'intention de la nature, dont l'amour instinctif n’est que la manifestation. L’enfant

4. Ie IIæe, Q. XX VI, art. 11 : in VIII Efhic, lect. 12; In IIL Sent, art. 7, ad 3»; Q. IL de Virtutib., art. 9, ad 18».

ue fois né Be pour e eux deux un he commun, le plus cher de tous, et une source permanente de communication vitale; or on sait que rien n’est plus favorable à

l'amitié, puisque aussi bien c’est en cela même qu’elle consiste”. |

11. — L'ordre de l'amour, dans la famille, découle déjà pour une part de ces considérations. Il faut pourtant le préciser, en prenant garde que la précision même n'induise en erreur, en matière essentiellement complexe. Toutes les comparaisons entre l’amour dû au père, à la mère, aux enfants, à l’époux et à l’épouse, etc., sous-entendent cette restriction : En tant que tels. Or, c'est là de l’abstraction. Un père n'est pas seulement père, ni un époux seulement époux; ils sont hommes, avec leurs vertus ou leurs vices, leurs actions plus ou moins bienfaisantes, leurs relations spéciales avec nous, et le reste. Ces considérations peuvent changer l’ordre et en exclure même tout à fait tel indigne. « De bons . domestiques doivent être préférés à de mauvais fils », dit saint Ambroise *. VA |

Sous cette réserve, tel serait, semble-t-il, l’ordre en SOI :

On a dit que l'affection se graduait en intensité selon que chacun de noùs est plus ou moins prochain, et que, puisqu'il y a divers genres de proximité, il y alieu, premièrement, d'accorder davantage à chacun relativement au genre de relations selon lequel il nous est plus proche, et il y a lieu ensuite de comparer entre eux ces divers genres. :

La première considération nous a fait dire que les parents doivent être préférés en ce qui concerne les rapports de nature ; les amis de choix en ce qui con-

: À. Loc. supra cialis.

2. Ile, Q. XXVI, art. 10, snif, cum resp. ad 2». Cf. In IX Efhic,, lect. 2, inil. et fin.

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0) ua MORALE DE SAINT THOMAS. D'AQUIN

: cerne la libre activité ; les concitoyens en ce qui une

à la vie civile; les compagnons de bataille à l’armée ; les coreligionnaires au spirituel, etc. De même, à l’intérieur de la famille, dira-t-on : Il faut préférer le père comme chef etcomme procurateur des choses familiales ; la mère comme lien de l’intimité; les frères comme compagnons de vie égale, et ainsi du reste. Chacun aura ainsi, à condition de le mériter, son rang de pré-

. Séance dans son genre.

Comparant ensuite les divers genres, on dira : Le prochain qui nous est prochain en raison de l'origine immédiate nous est plus prochain que tout autre, et avec plus d’immobilité; car ce genre de proximité naturelle touche à la substance de notre être ; les autres s’y sura-

joutent et sont plus variables. Aussi l’amitié entre con-

sanguins est-elle, de soi, plus stable, et, toutes choses égales d’ailleurs, elle oblige mieux‘

Poussant plus loin, et comparant les diverses espèces de consanguinité, on établira une échelle de valeurs dont les degrés dépendront d’une application plus ou moins immédiate, plus ou moins importante du prin-

cipe de l'affection dans ce genre, à savoir l’origine.

Sauf que, dans ce cas comme dans tous les autres, il faudra tenir compte du bien objectif, qui importe, pour la raison, plus encore que la proximité subjective. On sait que cette distinction de l’objet et du sujet, et, conséquemment, de l’amour quant aux biens souhaités et procurés ; de amour quant à l'intensité et à l’intimité de son élan, domine la matière.

On conclura donc : Les ascendants immédiats, père et mère, doivent être aimés dans la famille plus que tous, si l’on parle de l’affection qui se fonde sur la considération objective du bien. N’a-t-on pas dit qu’ils ont à notre égard, le père surtout, rang de principe, à l’imi-

IR Ile, Q. XX VI, art. 8, cum resp. ad arg. ; Q. IL de Virtulib., art. ; In IX Efhic, lect. 2, cire. fin.

En même ire Dents n y a: don en eux, à l'notre

égard, plus de divin, donc exigence plus grande. de

l'amour qui révère, qui obéit, qui honore, surtout quand il s’agit du père. :

Mais les enfants nous ayant au contraire pour principe, attendent de nous avant tous l’amour qui donne, qui est attentif et provident, qui cherche l’utile. Ils doivent être aimés avec plus d’ardeur, et ils le sont naturellement, comme ne faisant qu’un avec nous, puis pour les raisons secondaires qu’on donnait tout à l'heure. Toutefois, en cas d’urgente nécessité, qu'il s'agisse de vie ou d'honneur, les parents devraient passer avant les enfants, à cause de ce qu’on a dit de l’inexpiable dette filiale, et aussi en raison de ce que notre honneur, auquel nous nous devons, dépend de celui de notre père plus que de celui de nos fils”,

Les mêmes raisons qui font préférer les parents aux enfants, en tant qu’ils sont principe, et qui font préférer les enfants aux parents, en tant qu'ils sont prochains au maximum, ces mêmes raisons feront préférer les parents à l'époux ou à l'épouse, et inversement, sous divers rapports.

Les conjoints sont « une seule chair » ; ils sont l’un avec l’autre, comme conjoints, sur le pied d’une égalité relative, au même plan de valeur. Les parents sont au-dessus d'eux; ils en ont plus reçu. Ils doivent donc plus aux parents qu’ils ne se doivent l’un à l’autre en fait d'amour se référant aux valeurs d'objet. Ils leur devront moins, pour autant que l'affection se règle sur l’unité de ceux qui s'aiment. L’intensité de l'amour dépendant de cette dernière norme, il sera naturel qu'ils s'aiment plus ardemment, et, comme conséquence de la liaison des vies, qu'ils donnent satisfaction au motde

4. Il IIæ, Q. XX VI, art. 9 et 10; In III Senf., Dist. XXIX, art. 7; In Epist. ad Ephes., ch. v, lect. 10 ; Q. IT de Viréutib., art. 9, ad 182.

la Bible : « L'homme quittera son pe et sa mère pour s'attacher à sa femme. »°

La distribution des devoirs sera d’ après cela facile. Réservant leur intimité et leurs responsabilités, les époux payeront leur dette d’égards et de reconnais-

sance aux parents avant de songer, sous ce rapport,

l’un à l’autre. En cas d'urgence, le secours est dû aux

parents d’abord, comme on le disait tout à l’heure à propos des enfants ?

Ce dernier rapprochement s'impose d'autant mieux que pour chacun des conjoints, les enfants et l’autre conjoint semblent devoir être placés sur le même pied, l’unité vitale étant entre eux de même degré, sinon de même genre.

La différence de genre est manifeste; mais la quasi équivalence des degrés ne l’est pas moins. Une mère, par

exemple, aime ses enfants d’un amour plus naturel, mais plus calme ; son mari, d’un amour plus fervent, mais

qui jaillit moins de source. A parler en général, il y a compensation, et les devoirs, qui suivent la nature des choses, s’en ressentent ‘.

Les frères et les sœurs viennent après, parce que, comme tels, ils ne bénéficient, en premier, nidelaraison qui fait préférer les parents, ni de celle qui fait préférer les enfants. Ils ne sont pas au-dessus de nous,

. mais nos égaux, à moins que leur âge et les circons-

tances ne leur aient conféré un rôle de père. Ils ne nous sont pas unis directement, comme une épouse ou des enfants; mais seulement par le moyen des parents. On leur devra donc moins de cet amour qu'on donne à quelqu'un parce qu’il est lui-même, et moins aussi

1. IBTI&, Q. XXVI, art. 11, et locis sup. cit. 2. Ile Ile, arl. cit, ad 1m.

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