‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 287 sur 440 · Ile Ilæ, Q. XL, art. 4, ad · texte numérisé non relu

Ile Ilæ, Q. XL, art. 4, ad

ce serait un manque de miséricorde. « [Il y a une âprelé bénigne dont il convient de frapper même ceux qui y résistent, a dit Augustin ; car ceux-là sont vaincus utilement pour eux-mêmes, à qui l’on ôte licence d’être injustes. Est-il plus grand malheur que le succès de celui dont une cruelle impunité nourrit le crime, en fortifiant en lui, comme un ennemi intérieur, sa volonté perverse ? » * 2. — La paix, qui est le fruit de l'amour, ne sera pas offensée par là ; car celui-là aussi veut la paix, qui entreprend une guerre juste. Pourquoi l’entreprend-il, si ce n’est pour rétablir l’ordre, condition nécessaire de la paix ? La tranquillité apparente qu'il trouble, celle qui laisserait subsister l'injustice, ne serait qu'une fausse paix, la paix mauvaise que le Seigneur «n’est pas venu apporter sur la terre » (Matth., X). « Sois donc, dit Augustin à Boniface, fût-ce même en guerroyant, pacifique, et amène, par la victoire, tes adversaires à l'utilité de la paix. »°

3. — Toute la question est de savoir en quoi consiste la Juste guerre. Cette question viendrait mieux en morale sociale ; mais il faut dire ici l’essentiel.

Trois conditions s’imposent. Premièrement, la guerre doit être décidée par une autorité politique et conduite en son nom. Il n’appartient pas à une personne privée de mouvoir les grands rouages sociaux qui doivent entrer en action pour la guerre. Elle ne peut pas non plus en appeler à la force là où un tribunal est ouvert à ses revendications légitimes, à savoir l’autorité supérieure dont elle dépend. Injure au droit public et au bien commun : telle serait en ce cas sa faute.

Le prince, lui, ou le gouvernement quel qu’il soit.” ayant la charge de la communauté dans la paix, a

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