L’AMITIÉ
Mais il ne faut pas, pour éviter ce trouble affecté ou non, abandonner la vérité, que ce soit la vérité théorique ou la vérité de l’action.
Toutefois, on ne peut garder la même attitude à l'égard de ceux dont le scandale est fait d’ hypocrisie ou de malice, et à l’égard des bons, ignorants ou faibles. Le scandale pharisien ne mérite que le mépris : il ne faut pas lui permettre d’entraver à sa guise le bien et les libertés nécessaires de ceux qui y tendent. Le scandale des petits appelle au contraire tous les ménagements de l’amour. Il doit faire différer ou dissimuler prudemment le bien qui offusque, si toutefois il ne s’agit pas de choses nécessaires, et s’il y a apparence qué, la lumière se faisant peu à peu, on se rendra. Que si au contraire on s’obstinait, il serait clair désormais que ce qu’on croyait scandale des faibles était en réalité une malice ‘
Quant aux biens et aux avantages temporels, ‘ceux qui nous sont commis ou qui appartiennent à d’autres ne peuvent non plus être sacrifiés en vue d'éviter le scandale ; car là aussi il y a une nécessité morale. Ceux qui au contraire nous appartiennent peuvent être sacrifiés sagement et le doivent même en certaines circonstances. On ne peut laisser périr autrui spirituellement pour un bien temporel : l’ordre de l’amour s’y oppose. « Ne perds pas à cause de ta nourriture, disait Paul, ceux pour qui le Christ est mort » (Ad Rom., XIV). Reste à voir si l’on ne peut pas subvenir autrement au scandale, par exemple en s’expliquant et en essayant de ramener le prochain à une plus saine appréciation des choses.
On maintient d’ailleurs en ce cas ce qui a été dit du scandale pharisien : il faut simplement le mépriser, afin de ne pas donner une prime aux malices, au détriment de ceux mêmes qui en sont coupables*.
4. Locis supra cit. 2, Ile Ifæ, Q. XLIIL, art. 8 ; In IV Sent, Q. IL, art. 4, Qs 3