‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 294 sur 440 · Ibid., art. 5, cum resp. ad 1m et · texte numérisé non relu

Ibid., art. 5, cum resp. ad 1m et

cier à une telle joie, à moins d’une grâce toute spéciale. Ce que peut alors la vertu de force, c'est empêcher la raison de s’absorber dans les sens, et lui faire préférer à tout les biens supérieurs‘.

7. — L'homme vraiment fort ne compte pas témérairement sur les circonstances difficiles pour éveiller en lui l'énergie de l’âme. Il prémédite autant que possible et s’affermit de longue main contre les périls. « Les javelots qu'on voit venir ne frappent pas de même », a dit Grégoire le Grand.

Toutefois, un danger imprévu est ce qui manifeste le mieux un courage ferme. Les dispositions habituelles de l’âme s’y font reconnaître à la façon d’une seconde nature. On savait qu’on pouvait vaincre : on n’est donc pas surpris ni ébranlé. Aussi Aristote a-t-il remarqué que l’homme fort est en même temps homme d’espoir *.

Il se peut du reste qu un sujet non encore exercé à la force habituelle de l’âme vienne à bout d’un cas difficile, s’il a le loisir de s'y préparer d’avance*.

8. — Au sujet de la passion et de son emploi dans les actes de force, la dispute célèbre entre stoïciens et péripatéticiens devrait faire retour. Les stoïciens, qui voyaient dans les passions des maladies de l'âme, n'eussent guère trouvé convenable d’y faire appel pour renforcer l’œuvre de la raison. « Quoi de plus insensé, disait Sénèque, combattant Aristote, que de supposer la raison demandant du secours à la colère : la chose sûre à l’incertaine, la fidèle à la trompeuse, la saine à la malade ? Ce n’est pas seulement pour prévoir, c’est aussi pour faire, que la raison est suffisante par ellemême. »*

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