Seneca, De Ira, ch. xvi
À instruments. Ne se sert-élle pas des membres ? D ; quoi ne se servirait-elle pas d’un mouvement pas- sionnel que d’ailleurs elle saura régler ? La passion
antécédente à la raison diminue la raison; la passion subséquente et soumise lui prête sa force. Qu’ importe lors qu'elle lui soit inférieure ? Le marteau est-il jugé su Baise qu ais est inférieur au NÉAPE ? On Fee
puissance de l’âme n’est par elle-même une maladie. eux qui appellent ainsi la passion la supposent déréglée et font entrer ce dérèglement dans sa définition. Dès lors, tout ce qu'ils en disent est très vrai. Mais si P on appelle passion le mouvement de l’appétit sensitif, réglé ou non, il suffira, pour en faire une force du bien, de le soumettre à sa règle. On dira alors : C'est la raison qui agit, non la passion; mais la pas-
piscence, la tristesse ou toute autre passion, parce que i la passion intervient, c’est surtout pour opérer une ‘contre-attaque. Pour résister, la raison froide suffit. Or, = l'attaque est affaire d’irascibilité.
La tristesse peut y aider, mais indirectement, comme cause de colère, ou en tant que le sujet se dresse contre l’obstacle précisément pour n’en être pas contristé. Quant à la concupiscence, de soi elle fuit le péril,
péril. Par ce côté, ou par d’autres détours semblables, diverses passions peuvent coopérer à la force ‘.
10. — On sait pourquoi la force d'âme a été placée parmi les vertus cardinales ou principales. C’est parce qu’elle présente au maximum, en raison de son objet spécial, l’une des conditions de toute vertu : la fermeté de l’acte (firmiter operari). Des deux tractions de sens contraire que peuvent opérer sur la raison le désir d'une part, la crainte de l’autre, la crainte est certainement la plus forte; car, ainsi que l’a dit Augustin, « Il n’est personne qui ne fuie la douleur plus qu’il ne recherche la volupté. Ne voyons-nous pas les bètes féroces mêmes se retirer des plus grandes jouissances, par crainte de la douleur ? »* Si donc la vertu de force nous affermit contre les douleurs, et particulièrement contre les plus redoutables : celles qui conduisent à la mort, c’est avec juste raison qu'on en a fait une vertu cardinale.