‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 30 sur 440 · On touche là au libre arbitre en son acte propre · texte numérisé non relu

On touche là au libre arbitre en son acte propre

parce que c'est là, dans l’acte de choix éclairé, que s'opère ce passage de l’absolu au relatif qui constitue

la liberté ou contingence volontaire.

La fin, comme telle, est un absolu, coïncidant avec le bien, dont la volonté, appétit du bien par définition, ne saurait se déprendre. Un moyen, en tantqu'’il incarne cette fin, s'impose de la mêîne manière, et c’est pourquoi on à dit : s’il n’y a qu’un moyen pour une fin nécessaire, il n'y a pas liberté. Si un moyen ne s'impose pas, c’est de deux choses l'une : ou que la fin qu'il doit servir ne s'impose pas non plus, et alors cette fin n’est pas prise comme telle, elle n’est plus qu’un moyen et l’on se trouve rejeté dans un processus antérieur; ou bien

c’est qu’on a reconnu le caractère relatif du moyen pro-

posé, qu’on l’a donc comparé avec d’autres, ou qu’on l’a pesé et jugé trop léger pour entraîner l’adhésion d’un pouvoir plus vaste que Jui. Or cela se fait par le

jugement pratique, dont l'élection est l'aboutissement.

C'est donc dans l'élection, en tant qu’elle procède d’un jugement contingent, d’un jugement jugé et ramené à sa vraie valeur, que se trouve la contingence volontaire appelée liberté.

On ne veut pas s’enfoncer dans le dédale de questions qui se poseraient ici; on les a étudiées ailleurs‘. Il s’agit uniquement de la suite des actes.

12. — Avec l'élection se clôt la série des actes émis par la volonté elle-même, ets’ouvre, ou peuts’ouvrir, la série des actes commandés (imperati). L'ensemble de ces

A. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. I, livre VI, ch. ir. Le libre arbitre.

SERTILLANGES, 3

GONDITIONS GÉNÉRALES DE LA MORALITÉ 33

derniers forme ce qu’on appelle l'ordre | brin ou, (ordo exsecutionis) par opposition à l’ordre d'intention

(ordo intentionis)..

Quand d’ailleurs on parle d'exécution, il ne faudrait pas croire qu'il s’agisse nécessairement d'exécution exté-

rieure, je dis extérieure au sujet moral. Tout peut se

passer au dedans. Se décider à penser, à imaginer, à jouir ou à souffrir mentalement, ce n’est pas encore le faire. Ces actes, tout intérieurs qu’ils soient, ont donc bien le caractère d’une exécution du vouloir, et ils sont extérieurs moralement, n'étant pas des actes de la volonté même, où la moralité a son gîte?. La seule différence entre eux et les actes extérieurs au sujet, c'est que ces derniers intéressent le milieu naturel ou humain en tant que distinct de la personne ; les autres intéressent uniquement le milieu intérieur. Mais le milieu intérieur n'est-il pas également, pour nous un

territoire d'action ?

Dans tous les cas, il y a ici un fait nouveau, un passage d'influence qui requiert une explication. D'où la suite d’actes postérieurs au choix.

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