Ibid., Q. CXXIX, art. 1, cum resp. ad 3v
tage pour fortifier l’homme à l'égard de la pluie et du beau temps. On s ‘inquiète uniquement de ce qui a coutume d’entraîner la raison loin de ses normes.
Quand il s’agit de l’argent ou de l'honneur, telest précisément le cas. En effet, les choses extérieures, même de moindre importance en soi, excitent fortement les convoitises. La raison en est que ces choses sont de grand poids pour la vie humaine. On a vu dans l’argent une sorte d'infini, et l'honneur le surpasse encore. Rien donc d'étonnant à ce qu’une vertu spéciale règle l'emploi de l'argent en matière courante, à savoir la libéralité, et une autre vertu spéciale l'emploi some tueux de l’argent, à savoir la magnificence.
Il en est de même en matière d'honneur.
Les grands honneurs et les petits ne font pas une différence purement quantitative. Les uns enivrent et entraînent facilement la raison ; les autres la laissent plus libre. Le même homme, du reste, qui est à la hauteur des grands, saura user à plus forte raison des petits, et il saura aussi supporter leurs contraires.
2. — Une grande âme tend aux grands rôles naturellement, s'en sachant digne.
Ou pour mieux dire, elle se sent au-dessus d’eux, vu que la vertu, qui est honorée de Dieu, est supérieure aux honneurs des hommes, et celui qui en juge ainsi ne sera pas tenté de s’en exalter, mais seulement d’en tirer du bien.
Pour la même raison, il n'est pas abattu par l’humiliation ou l’abaissement : il les dédaigne comme il a dédaigné les honneurs, ayant le sentiment de la supériorité du moral sur toutes ces fluctuations de la fortune ‘