Ibid., ad
LES VERTUS ANNEXÉES A LA FORCE 495 3 il peut paraître insociable; mais c’est qu ’il tient à éviter -loute adulation, tout faux semblant, choses qui prouvent
l'étroitesse d’âme, et que la familiarité avec tous l’y con-
dämneraitnécessairement. Il n’en est pas moins sociable avec tous dans la mesure convenable.
Enfin, il paraît négliger ce qui semble utile à tous,
préférant ce qui est de rapport nul ; mais l’inutile où il
se complaît, c’estle vrai bien, à savoir l'épanouissement de la vie supérieure, que peu comprennent. Entre l’'agréable, Vutile et le bien qui est une fin en soi (aonestum) il n'hésite point : ce dernier a ses préférences. Mais cela est dans l’ordre, car l’utile n’est utile qu’à celui qui manque, et la grande âme, autant que la vie le permet, veut se suffire à elle-même.
1. — On pourrait croire que la grandeur d'âme, qui recherche l'honneur vrai, devient par là une sorte d’assemblage des vertus, au lieu d’une vertu spéciale. C’est en effet dans l'exercice des vertus que l'honneur véritable se trouve. Mais il n’y a là qu’une apparence. Le magnanime cherche l’honneur là où il est, et à cause de cela il s'applique en effet à toutes les vertus ; mais il les voit sous un aspect spécial et y découvre une excellence qu'il veut comme telle, au lieu de l’envisager en sa forme spécifique. Par exemple, il est bienfaisant, juste, véridique, patient dans les épreuves non pas précisément au nom de ces vertus particulières; mais parce qu'il est d’une grande âme de donner, de rendre plus qu'elle n’a reçu, et parce qu’ilest honteux d’attacher tant d'importance aux biens extérieurs, aux souffrances ou aux inconvénients que la vérité comporte parfois, qu'on veuille à cause d’eux être injuste, menteur ou gémisseur.
La magnanimité ne se confond pas avec les autres vertus; mais elle y excelle et les rend plus grandes?