— Deux conditions semblent s ‘imposer d’une
, manière toute spéciale à la magnanimité. La première
est la confiance (fiducia).Onentend par là non pas précisément la foi en autrui, c’est-à-dire en la parole ou en les promesses d'autrui; mais une espérance ferme fondée sur ce qu’on sait ou d'autrui ou de soi-même, Ainsi, un homme a confiance de vivre longtemps quand il se sent de constitution solide ; il a confiance d’être secouru par quelqu'un de puissant et qui lui estami. Or, la magnanimité est relative aux grands rôles, qui impliquent les grands espoirs.
Espoir en soi, une grande âme se sachant à la hauteur des grandes choses; espoir en autrui, qu'on saura engager dans l’action : tel est donc le contenu de la confiance dont on parle. Elle est nécessaire à la magnanimité au point que Tulliu sa paru la confondre avecelle*.
Quand on dit que le magnanime ne se repose pas sur autrui et n’a pas besoin d'autrui, il ne faut pas le comprendre d’une façon étroite et antihumaine. Autant vaudrait dire qu’il n’a pas besoin de soi. Il a besoin au contraire de tout et de tous ; de Dieu comme inspirateur et promoteur en premier de toutes ses œuvres; de soi et des autres comme instruments. Mais il appartient à sa grandeur même d’avoir à sa disposition ce qui lui est nécessaire; car elle fait de lui un centre de convergence et lui concilie à la fois Dieu et les hommes. Il peut donc, tout autant qu’il doit, avoir confiance.
9. — La seconde condition de la grandeur d'âme est la sécurité, c'est-à-dire que le magnanime ne se livre point aux soucis que provoque la peur.
C'est là, sans doute, un aspect de la force, non de la magnanimité prise en soi; mais comme la peur con- ; duirait aussitôt au découragement en ruinant l'espoir,
1. Tullius Cicero, Rhetorica, de Inventione, I. II, cire. fin.
la sécurité ou à tranquillité de Pan. + tiribuée à bon droit au magnanime. .
Il va de soi que cette sécurité est relative. Elle doit tenir compte de la fragilité native de toutes choses.
10. — Enfin, une condition favorable à la magnanimité, cb extérieure, cette fois, et non intrinsèque ni par conséquent indispensable, ce sont les biens de la fortune. On entend par là les richesses, la puissance, les amitiés, etc.
La magnanimité étant relative à deux choses : aux honneurs comme matière et aux grandes œuvres comme fin, elle doit rechercher vertueusement tout ce qui y confère. Or, à chacune de ces deux choses les biens de la fortune sont utiles. Car à l’homme vertueux, non seulement les sages, mais aussi la multitude est appelée à rendre honneur, et l’on sait que la multitude estime plus facilement ceux que favorise la fortune.
D'un autre côté, les moyens extérieurs sont néces-
saires à la vertu pour procéder à ses actes. Les richesses
sont ses organes ; la puissance porte plus loin son action; les amitiés la multiplient. Il est donc évident que la grandeur d’âme en est favorisée quant à ses œuvres extérieures.
Il n’en est pas moins vrai qu’en soi elle en est indépendante. Un peut être une grande âme dans l’isolement et la pauvreté. Aussi l’homme magnanime ne recherche-t-il pas indiscrètement ce qu’il estime pourtant comme utile. S'il le possède, il n’en est point enivré ; s’ille perd, il n’en est pas attristé sans mesure ‘
B. — La PRÉSOMPTION.
4. La présomption opposée à la grandeur d'âme. — 2. La présomption au spirituel. — 3. Modalités de la présomption. —