Ile Iæ, Q. CXLI, art. 4 et 2; In II Efhic, lect
Le premier de ces deux mouvements risque de s’opposer à la raison surtout par manque de modération ; le second surtout par manque de ressort. La vertu morale, quand elle s’applique ‘aux biens poursuivis, est donc surtout modératrice ; quand elle s'applique aux maux qu’on redoute, elle est surtout une fermeté. Comme donc la force d’âme, qui implique fermeté, est surtout relative aux passions de fuite, à savoir aux craintes, et secondairement, en conséquence, aux audaces favorables au bien : ainsi la tempérance, qui implique modération, est surtout relative aux concupiscences et aux délectations; secondairement et en conséquence, aux tristesses provoquées par l’absence des plaisirs ‘.
‘8. — Si l’on ajoute : Les plaisirs du tact, comme à propos de la force on a ajouté : Les craintes suprèmes, c'est qu'il y a quelque chose de suprême, en matière de plaisir, dans les passions du tact.
Le plaisir suit la fonction et se gradue selon l’importance de cette fonction dans la vie organique. Plus la fonction est fondamentale ; plus elle est naturelle, c'est-à-dire proche de la constitution toute première de l’être, plus aussi, satisfaite, elle provoque de plaisir. Or les fonctions les plus naturelles, en ce sens-là, aux animaux, ce sont les fonctions de nutrition et de reproduction : les premières constitutives de l'individu, les secondes constitutives de l'espèce.
Le sens du tact y est directement intéressé ; car c’est par le tact que le vivant prend conscience de son état au point de vue nutrition, et par le tact aussi qu’il éprouve, dans l’acte de reproduction, la satisfaction de l'espèce. Ce sera donc avant tout aux plaisirs du tact que la tempérance sera relative.