‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 331 sur 440 · B. — L'INTEMPÉRANCE ET L'INSENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

B. — L'INTEMPÉRANCE ET L'INSENSIBILITÉ

1. Ce que c’est que l’insensibilité. — 2. L’intempérance vice puéril et honteux.

La vertu de tempérance, prise en général, a pour

ennemies l’intempérance d’une part, l’insensibilité de l’autre.

4. — Ce dernier vice n'arrête pas beaucoup le penseur ; il est peu répandu, pour les raisons qu’on touchait à l'instant. C’est pourtant bien un vice, ainsi que tout ce qui n'est pas selon la raison. Si la nature a lié certains plaisirs à certaines actions nécessaires, il n’appartient pas à l’agent moral de briser cet ordre, ni, par une prétendue abstinence, de frustrer la nature de son bien. Si donc quelqu'un repousse les plaisirs naturels par une sorte de haine, comme s’il les {trouvait mauvais en euxmêmes, il est coupable ; il offense l’ordre providentiel.

Cette sorte de culpabilité, du reste, est peu grave. Elle le devient si ce sentiment fait omettre un devoir important, comme l'entretien nécessaire du corps, la justice matrimoniale, et le reste.

Il faut se hâter d’ajouter que, le devoir étant sauf, s'abstenir des plaisirs en question peut être plus vertueux que d’en user même modérément, à savoir si le motif de cette abstention met en cause des biens supérieurs à ceux qu'on néglige.

Ne conseille-t-on pas souvent l’abstinence pour la santé ? À plus forte raison l’approuvera-t-on en faveur d’une victoire temporelle ou spirituelle, d’un bien public, d’une vocation particulière, comme une consécration spéciale à la science ou à la contemplation religleuse ‘.

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