Ile IIe, Q. CXLIL art
4. — L'exercice de chaque vertu suppose des conditons qui l’orientent vers son objet et la défendent de son contraire. À l'égard de la tempérance, une condition favorable qui à vrai dire la dépasse de beaucoup, puisqu'elle concerne toute vertu, mais qui entretient avec elle des rapports spéciaux, c'est l'honnêteté (honestas). Quant à la condition défensive, c’est une crainte vertueuse de la honte et par conséquent, ici, des fautes honteuses que prohibe la tempérance (verecundia).
Cette sorte de crainte n’est pas proprement une vertu ; car premièrement c'est un mouvement passionnel, non une disposition volontaire. Ensuite, la vertu implique perfection ; or la crainte suppose une appréhension du mal envisagé comme possible, comme difficile à éviter, ce qui n’est pas d’une disposition parfaite® Toutefois, c'est là une chose louable el grandement utile à la vie morale. En ce sens on peut la qualifier vertueuse ‘.
2. — Que son action s'étende à toutes les occasions du mal, cela ne peut pas empêcher de la citer spécialement à propos de la tempérance. Le mot tempérance lui-même n'a-t-il pas été pris par antonomase ? On a dit de l’intempérance qu’elle est particulièrement honteuse, comme nous rapprochant de la bête : il n’est pas étonnant que la crainte des hontes s'applique particulièrement à son cas et que l’impudence (inverecundia) lui corresponde”.
Il est bien vrai qu’on n’est pas toujours honteux des choses dans la mesure où elles sont vraiment honteuses. Il en est qui rougissent d’avoir bien fait; d’autres de manquer de fortune, de noblesse ou de pouvoir. D’autres rougissent du bien par crainte de se voir
4, Ibid., Q. CXLIV, art. 1, cum resp. ad 4; Q. XX VI de Veril., art. 6, ad 16»,