‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 343 sur 440 · Ibid., art. 4. In 1 Timoth.. cap. u, lect · texte numérisé non relu

Ibid., art. 4. In 1 Timoth.. cap. u, lect

2. Ibid., Q. CL, art. 1; Q. XIV de Malo, art. 4, ad 2; In HI Ethic, lect. 12.

empêche pourrait être bon et utile; il pourrait ‘être aussi mauvais où médiocre, tandis que l'emploi de la raison au service de Dieu ou du prochain est toujours excellent, et les emplois contraires d'autant plus graves. [lest donc moins coupable de paralyser pour un temps la raison qué de l’employer mal, et bien que ce soit aussi mal l’employer que de trop boire; il n’y a pas de proportion entre cette déviation et une injustice grave ou un parjure’. |

II. — LA CHASTETÉ 1. La chasteté et la tempérance. — 2. La pudeur.

4. — La chasteté est une tempérance relative aux choses charnelles. Elle est distincte de l’abstinence et de la sobriété, qui règlent une fonction individuelle, elle-mème imposant le joug de la raison à une fonction de l'espèce *.

2. — La pudeur, qu'on a coutume d'en rapprocher, n'est pas une vertu proprement dite, mais une des conditions de la chasteté. Elle nous porte à rougir de ce qui provoque la honte. Or, rien ne provoque la honte comme les actes envisagés par la chasteté. C’est tellement vrai que ces actes, fussent-ils vertueux, y demeurent pourtant sujets. La raison en est que l'émotion sexuelle n’obéissant point à la raison comme nos membres, l'homme se sent dominé et rapproché ainsi de la bête,

Cette honte s'étend, d’ailleurs, en dehors des actes en question, à leurs annexes et à leurs signes : regards, contacts, manifestations diverses. La pudeur sera donc relative à tout cet ensemble de faits; mais particulièrement aux derniers, qui se voient davantage *.

. Ie IIæ, Q. CL, art. 2.

. Ibid., art. 1, 2 et 3.

. Ibid., art. #, cum resp. ad 3».

ww n =

Notion tue de la aphite — 2. Légitiité de la virgini 3, La virginité et la multiplication de l'espèce. — 4. La virgi- nité et le juste milieu vertueux. — 5. La virginitéetle célibat non vertueux. — 6. La virginité vertu spéciale. — 7. La virginité et les autres vertus. — 8. La virginité et le mariage. — 9. nr vir- ginité et la fin du monde. — 10. Relativité des jugements de ;

préférence en matière de virginité et de mariage. — 41. La viduité ; vertueuse. î

Fe A. — La virginité, dont le philosophe a lieu des’occuper : comme le théologien, prête à des déterminations importantes. Re È

Trois choses viennent en cause à son sujet. Premièrement l'intégrité charnelle. Deuxièmement l’expérience de certaines délectations. Troisièmement un état de volonté au sujet des réalités de la chair.

De ces trois choses, la première est accidentelle à la virginité ; la seconde en est la malière; en la troisième s seulement elle consiste.

Sile mot vierge est employé pour signifier une inté 7 Oro c'est que celle-ci résulte habituellement du refus d'éprouver les délectations ; mais qu ’elle périsse pour une raison extra-morale ou vertueuse, la virginité vertu n'en sera pas atteinte, « non plus que par une blessure de la main ou du pied ». L'expérience des délectations, si elle a lieu elle aussi horsle consentement volontaire, comme en dormant, ou par violence, ou par infirmité, demeure extra-morale, bien qu'elle soit matière morale.

1 ne faut jamais oublier que le moral et le mn coïncident. La virginité vertu n’est donc pas plus atteinte dans ce cas que dans le premier. Elle est alteinte seulement si l’on se propose d’éprouver ou si l’on consent à éprouver, par un moyen quelconque,

une volupté de la chair. Aussi saint Augustin définit-il

la virginité « une volonté perpétuelle d’incorruption dans une chair corruptible »:

2. — Certains ont voulu prétendre qu'un tel proposétait immoral. N’auraient-ils pas compris en quoi La moralité consiste ?

Être moral, c’est obéir à la raison. Or, quel est l’ordre voulu par la raison, à l’égard des objets de la vie?

La raison veut qu’on subordonne les moyens à la fin; qu’on en use donc selon qu'il convient à cette fin. Or, il y a dans la vie trois sortes de biens qui sont des fins à l’égard les uns des autres : les biens extérieurs, comme la richesse ; Les biens du corps, comme la beauté et la santé, auxquels les premiers se subordonnent, et les biens de l'âme, parmi lesquels les biens de la vie contemplative : science, art, vie spirituelle en Dieu ont le primat, la vie active, individuelle ou politique, ne venant qu'au second rang.

Si donc il est reconnu qu'en tels cas et à l'égard de telles personnes, la virginité favorise la vie supérieure, rien ne peut la faire juger déraisonnable, ni par conséquent immorale. S’écarte-t-on de la droite raison pour user de ses biens en faveur de sa santé ou de son progrès intellectuel ? Pas davantage en s’abstenant de délectations corporelles, si une telle it profite à ce qui est un bien supérieur”.

3. — Ilest vrai que cette solution générale suppose mis à couvert tous nos devoirs. Or n’y a-t-il pas un devoir de procréer, comme il y a un devoir de s’alimenter, la procréation n’étant que la nutrition de l'espèce ? Fonder une famille paraît une condition normale

4. Ile Jiæe, Q. CLIX, art. 1 ; In IV Sent, Dist. XXXIII, Q. IT, art. 4 Quodl. VI, art. 18.

2. Ile 11æ, Q. CLI, art. 2 ; In Sent, loc. cil., art. 2 ; Q. XV de Malo, art. 2, ad 13».

SERTILLANGES. 30

de la vie, et organiser l'abstention semble être, de la

part du moraliste, une erreur grave.

La réponse est facile. Il y a deux sortes de devoirs : les devoirs individuels et les devoirs collectifs. Nul ne peut sans faute s'abstenir des premiers ; mais il n’en

esl pas toujours de même des seconds.

Beaucoup de choses sont requises à la vie collective

auxquelles il est impossible à chacun de se livrer. Tous

sont-ils laboureurs, soldats, magistrats ? Pourtant, tous ces rôles sont indispensables. Mais il est donné satisfaction à cette nécessité par le fait que l’un vaque à tel soin, l’autre à tel autre. Il serait donc coupable de ne pas s’alimenter; mais il n’est pas coupable de ne pas procréer, si l’on a pour cela une raison suffisante. Car par le fait même que la procréation est à l’espèce ce que l'alimentation est à l'individu, il demeure prouvé que la procréation est un rôle d’espèce, donc un de ces rôles qu'on peut se partager, au lieu que chacun, cumulativement, les assume.

Ne serait-il nécessaire à l'humanité que de croître en

‘nombre ? Il lui est nécessaire aussi de croître spirituel-

lement, et bien que la famille y confère pour sa part, qui peut douter que dans des cas spéciaux, la virginité n y concoure davantage, entièrement consacrée à la beauté de la vie et au profit des humains ?

Dans les armées, il en est qui gardent le camp, d’autres qui portent les enseignes, d’autres qui combattent de l’épée, et tous ces rôles sont nécessaires.

4. — On pourrait alléguer que la droite raison, en cette matière comme en toute autre, doit consister en un juste milieu plutôt qu’en une abstention totale. Mais il faut dire une fois de plus que le juste milieu de la vertu n’est pas un juste milieu matériel : c’est le point

1. IR ITæ, Q. CLII, art. 2, ad 1» ; In Sené, loc. cit., art. 2, ad 2n et nu. In IT Elhic, lect. 2.

précis déterminé par la raison. Si donc l’abstention totale est raisonnable, étant utile, c’est elle qui est le juste milieu. |

Il en est comme de la magnificence, qui estextrème par rapport à la simple libéralité ; qui est pourtant vertueuse et respectueuse du juste milieu, demeurant raison-

.nable.

D'ailleurs, de même qu'être magnifique, ce n’est pas verser dans la folle dépense : ainsi être vierge, ce n’est pas repousser tout plaisir, mais seulement cette espèce de plaisir qui a coutume d’absorber et de dévoyer les hommes. À plus forte raison n'est-ce pas mépriser le plaisir en soi, ni encore moins les fonctions qui le procurent. Ce dernier état d'esprit serait ce qu'on a appelé insensibilité, vice opposé à la tempérance. La virginité s’en garde. Elle est donc, de tout point, vertueuse ‘.

5. — On n'ira pas la confondre avec un célibat quelconque, par exemple celui qu'ont souvent poursuivi les lois”. Sauf le cas des vestales*, l'antiquité offre peu d'exemples de virginité en vue du bien. Platon, un des seuls qu’on cite, paraît s’en excuser auprès de ses contemporains en sacrifiant à la Nature. Sans doute veut-il par là non déclarer un péché, mais céder à un préjugé : pervers‘.

6. — Il est à peine nécessaire, après cela, de montrer dans la virginité une vertu spéciale. Elle se rapporte à la chasteté; mais elle s’en distingue, ainsi qu'on vient de l’insinuer, comme la magnificence se distingue de la libéralité. À l’égard des mêmes objets, la chasteté est

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