‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 348 sur 440 · TAN · texte numérisé non relu

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qu’on peut pour ru. re «qui habent uxore. ser non habentes sint » : telle est la règle de conduite a av rec laquelle se fera le mieux le monde. FEES : L’humanité, vue du dehors, sera ainsi divisée en deux parts. Les uns, ne pouvant réaliser en euxmêmes la vie parfaite qui représente le but, sacri- fient à la chair selon la loi de Dieu, et par là, en vertu d’une disposition sage, contribuent au progrès à venir, leurs enfants devant recueillir lespérance divine: | ne rendre possible pour plus tard ce que leurs parents ne. À He tenter, et réaliser en ce sens la parole du Maître : Ler royaume de Dieu est àeux. À eux, c’est-à-direen leurs mains, en tant qu’ils sont l’avenir. L'autre troupeau est À Rime. de ceux qui ernbrassent la fin même, au lieu du moyen dilatoire, et qui, au lieu de former des enfants. qui travailleront au royaume de Dieu, essaient de

réaliser de suite, en eux-mêmes, le royaume de Dieu.

On justifie souvent ce dernier cas en disant : Ceux qui.

ne ainsi sont utiles aux ne Cela est . :

… “Le Fr n’est un moyen que par un à la charité intérieure, qui est perfection essentielle. Par rap- É port au mariage, elle est plutôt une fin, comme signe et approximation supérieure, en soi, de la charité par- faite. e [ne faut donc pas dire : On conseille la virginité à : quelques-uns pour qu'il y ait, grâce-à eux, plus de saints mariages. Ce résultatest atteint subsidiairement ; il est voulu par la Providence: mais l’ordre des de exige qu'on dise : On permet le mariage afin que le monde, imparfait maintenant et livré à la chair, arrive,

par la chair même sanctifiée et contenue, là où d’emblée la virginité se plante, à savoir la recherche Rue du royaume de Dieu par la charité.

En d’autres termes, le mariage, c’est le temps; la virginité chrétienne, c’est l'éternité dans le temps. Quæ sunt Dei, quæ sunt mundi : tels sont leurs deux domaines C’est ce qu'on entend quand on dit que la virginité anticipe sur le ciel et fait mener à ses élus une vie angélique.

40. — Toujours est-il que selon notre auteur, cette vue sur les troupeaux humains estextérieure et par suite faillible. On juge là du social. Il se peut que pour une part le moral renverse les termes, et que les deux troupeaux empiètent l'un sur l’autre par ce qui est de leur âme.

L'âme de la virginité déborde sur le mariage en ce qu'il y a des époux uniquement donnés à Dieu et à son œuvre; oublieux de ce qu'on appelle la seconde fin de l'union; renonçant en esprit à la concupiscence, au lieu de la satisfaire aux dépens des divins conseils. Et inversement, l’âme du mariage chrétien déborde sur la virginité en ce que celle-ci est prête au dévouement pour l'espèce, si cela était utile, si cela était appelé par l'esprit qui l’anime ; en ce qu'elle travaille d’ailleurs, par une action morale dont le mariage profite, à la procréation morale des enfants et à l’avenir moral de l’humanité. :

La thèse de saint Thomas et la thèse de Tolstoï s'unissent ainsi, la première corrigeant la seconde et lui ôtant son air de paradoxe. Les Pères de l'Église, notamment saint Ambroise, saint Jérôme et saint Augustin, sont la source d’où proviennent ces hautes notions, après saint Paul et l'Évangile.

41. — On ne doit pas oublier que toute la tradition chrétienne, et saint Thomas avec elle, a fait une place,

au- He de la virginité, mais de 1 haie matri-

moniale, à unétat qui tient des deux sous divers rapports : :

la viduité.

La viduité vertueuse se rattache au mariage par le souvenir ; elle se rattache à la virginité par le refus d’engager de nouveaux liens, à condition que ce refus ait pour cause les motifs supérieurs qui font la gloire des vierges.

La virginité, disait saint Jérôme, a pour fruit cent pour un; la viduité soixante; le mariage trente.

Les motifs d’untel jugement sont trop clairs pour qu’on y insiste. S'il est vertueux de s’abstenir dès le début, il est vertueux en proportion de s'abstenir désormais. lorsque la Providence a jugé bon de vous dégager ellemême. La viduité vraie et désolée, selon le mot de saint Paul : quæ vere vidua est et desolata (1 Ad Tim., V, 5) prend une couleur de sacrifice que son orientation vers le bien rend méritoire. Mieux vaut donner tout l'arbre en sa fleur ; mais son offrande après que La tempête l’a ravagé vaut mieux encore qu’une vertueuse possession de soi.

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