‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 356 sur 440 · Ile Ne, Q, CLIV, art · texte numérisé non relu

Ile Ne, Q, CLIV, art

484 LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN mière, sont plus graves, à juger les choses en soi, qu'aucune de celles qu’on a précédemment nommées.

En effet, plus une chose est fondamentale et plus ses dépendances nombreuses, plus aussi sa corruption

est grave. Or les fonctions naturelles sont ce qu’il y a de plus fondamental dans la vie; la raison les prend pour base, et construit, par leur moyen, tout l'édifice de l’existence.

De même que tout l’ordre physique est fondé sur

les propriétés naturelles des êtres, sur leurs rapports fondamentaux et sur leurs liaisons premières : ainsi tout l’ordre humain repose sur l'emploi rationnel de fonctions tout d’abord reconnues et laissées à ellesmêmes. Comme donc en matière de science, celui qui se trompe sur les principes commet une erreur plus grave que celui qui omet une conséquence plus ou moins lointaine : ainsi, en matière morale, celui qui pèche contre les déterminations toutes premières de la nature, représentées par les fonctions, commet une plus grande faute que celui qui en méconnaît plus ou moins l'emploi rationnel. Puisque c’est le cas des vices contre nature, il faut les placer au plus bas degré de l'échelle *.

On voit que pour saint Thomas, la pensée du Cynique et les pratiques honteuses qu’on lui prête sont des aberrations même au pointde vue dela philosophie pure.

Il n’est ni paix intérieure, ni travail, ni santé dont la préoccupation puisse permettre au sujet moral de troubler un ordre qui précède ses décisions; qui leur. est supposé; qui appartient aux premiers éléments des choses, dont la raison ne peut que régler l'emploi, n'ayant pas le droit de remonter, aux dépens de l’ordre providentiel, au delà d'elle-même.

4. Le Ir, G. CLIV, art. 11: art. 12, cum resp. ad. 4er, %, et 3e.

is spiritualiste et ant nds. Si monde n'est qu'une mécanique cruelle entre les rouages de de laquelle nous essayons de frayer le chemin de nos vies, il n’y a pas lieu à tant de respect. Tout ce que la. raison croira utile à une meilleure et plus heureuse : vie, c’est cela même qui sera le bien, qui sera l’ordre. “Mais si la nature vient de Dieu; si l’homme a été. remis tout formé, et divinement formé, aux mains de son propre conseil, il n’a ni à se refaire ni à se discuter. Il doitse prendre tel qu’il est et ne viser, au moyende sa raison, qu’à tirer les conséquences de son être. Or en s'intègre, au point de vue existence, de ses facullés et de ses organes ; au point de vue actif, de ses fonctions. Toute fonction naturelle, comme toute faculté ou tout organe doit donc, en lui et surtout par lui, être respectée. La raison, qui lui rend possibles les déviations et les violations, ne l’y autorise pas. Nature elle-même, et outil supérieur au service de Ja nature, la raison ne doit pas se retourner contre cette nature naturée dont la Nature naturante est maîtresse.

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