‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 360 sur 440 · Ie IIæ, Q. CLV, art · texte numérisé non relu

Ie IIæ, Q. CLV, art

pas continence, moralement

parlant, la disposition à se contenir en toute occurrence

même mauvaise. Se contenir au sens moral, c’est se garder-à la raison, vu que c’est par la raison que l’homme est vraiment lui-même. Celui qui se retient de bien faire serait mieux dit s’abandonner. Au lieu d’un continent, c’est un obstiné dans le mal!.

Si l’on applique spécialement le mot continence aux voluptés de la chair, c'est que premièrement il n’y

a lieu de se retenir que là où la passion pousse à agir, non dans les occasions où elle retient elle-même, comme en cas de peur.

D'autre part, ce qui pousse en nous avec le plus de véhémence, ce sont les instincts fonciers, ceux qui répondent aux inclinations les plus naturelles, sur lesquelles tout le reste repose. Or, ce qu'il y a de plus naturel, en matière de tendances corporelles, c’est ce qui tient à l’alimentation, salut de l’individu, et à la procréation, salut de lespèce. C’est donc à ces fonctions et à la seconde surtout, comme plus véhémente, que, par antonomase, la continence sera relative ?.

Encore réservera-t-on ce mot pour les mouvements de passion naturels à l’homme en tant qu'homme. On n'appelle pas quelqu'un continent ou réservé parce qu’il se retient de manger de la chair humaine ou de se livrer aux passions bestiales*.

5. — La continence ainsi comprise aura pour siège non l'appétit sensitif, auquel il s’agit de résister, mais la volonté, qui résiste.

Puisque l’homme continent doit se garder contre un

dérèglement sensitif, on ne peut pas dire que la dispo-

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