Ibid., Q. CEXI, art
AA
dans sa Règle‘ : « Que devant Dieu votre supérieur soit à vos pieds avec crainte », et plus loin : « Qu'il souhaite davantage d’être aimé de vous que d’être craint, ‘quoique l'une et l’autre chose soit nécessaire. »°
8. — L’humilité ainsi comprise est une chose si importante qu’on doit la placer au-dessus de toutes les vertus morales, excepté la justice.
Les vertus théologales et les vertus intelleethlles dominent tout ; car elles sont relatives : les premières à la fin ultime ; les secondes à l’ordre des actions qui y conduisent, ordre qui est pris là dans sa source même. Puis, parmi les vertus qui régissent nos pouvoirs appétitifs pour les imbiber de raison, la justice a le primat, particulièrement la justice légale, parce que c’est elle
qui-imprime au vouloir la direction générale vers le :
bien. Mais après cela, l'humilité vient en tête, parce qu'elle fait qu'on demeure soumis, effectivement, à l’ordre rationnel des rapports soit à l'égard de Dieu, soit à l’égard des hommes, en un mot quant au tout de la vertu, chaque vertu morale particulière ne réglant l'appétit qu’en une matière spéciale *.
C’est tellement vrai que tout péché peut être vaincu par l’humilité, et toute vertu effacée par son contraire. « Donne-moi deux attelages, disait Jean Chrysostome, l’un de l'orgueil et de la justice, l’autre du péché et de l'humilité : tu verras le péché dépasser la justice, non par ses propres forces, mais par celles de l'humilité, et tu verras l’autre attelage vaincu, non par la fragilité de la justice, mais par le poids et l’enflure de la superbe. Si donc, enchaînée aux délits, l'humilité court si facilement qu'elle distance la justice liée à la superbe, si tü la joins elle-même à la justice où donc n’ira-t-elle