‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 38 sur 440 · IH. — LE BIEN ET LE MAL DE L'ACTION · texte numérisé non relu

IH. — LE BIEN ET LE MAL DE L'ACTION

4. L'Action bonne. — 2. Le bien et le mal venant de l’objet. — 3. Le bien et le mal venant des circonstances. — 4. Quadruple bonté de l’action. — 5. L’acte indifférent.

4.— Le bien etle mal ainsi déterminésen tant qu’objet, le bien et le mal de l’action s’y originent. À parler en

général, toute action est bonne, comme à parler en

&k LA MORALE DE SAINT THÔMAS D'AQUIN FEU

général tout être est bon, toute réalité « vénérable ”.

” L'êtreet le bien coïncident, et l’action est être; la substance est bonne en soi, et l’action n’est que manifestation de la substance. Mais comme l'être en Dieu seul est universellement vainqueur ; comme toute nature créée

prête à déficience, ainsi l’action créée peut déchoir. Et de même qu'on appelle mauvaise la chose qui manque de | ce qu’elle devrait avoir, tel le monstre, ainsi on appelle mauvaise l’action déchue de sa rectitude.

2. — Or, d’où provient la rectitude de l’action ? Tout d’abord de son objet. Un mouvement se caractérise par son terme. Une action, qui tend de même vers ce qu’elle se propose comme objet, en reçoit sa spécification, c’est-àdire son caractère foncier, donc aussi sa qualité bonne ou mauvaise, le bien et le mal étant à l'égard de l’action humaine des caractéristiques premières. C est ainsi que prendre le bien d'autrui est une action mauvaise ex genere, comme disent les moralistes, c’est-à-dire selon son espèce, parce que cet objet moral : prendre le bien d'autrui, inclut le désordre rationnel en quoi l’immoralité consiste comme en sa forme. Cette forme d'objet, communiquée à l’action, la rend mauvaise, comme une disposition monstrueuse rend mauvais selon son espèce un vivant mal venu‘

3. — Mais comme chez l’être naturel toute perfection ne vient pas de l'espèce, ainsi toute perfection ne vient pas à l’acte humain de son objet spécifiant ; les circonstances, on le disait, sont comme les accidents qui lui adviennent, et commeelles affectent le volontaire, ainsi influent-elles sur le bien et le mal, qui se partagent le volontaire.

En outre, les fins que l’acte envisagé peut tenir sous sa dépendance concourent aussi au bien et au mal. Ainsi l’action de voler pour tuer est mauvaise en tant que vol,

4. Ie Ile, Q. XVIIL, art. 2 ; In IL Sent, Dist. XXXVI, art. 5.

LE BIEN ET LE MAL MORAL

mauvaise aussi en fins que voie vers l'homicide; l’intention homicide la revêt d’une forme surajoutée qui confère au mal, comme confèrerait au bien une intention ultérieure ajoutée à l’action bonne‘.

4. — L'action morale se trouve ainsi capable d’une quadruple bonté, que le mal peut réduire plus ou moins ; qu'il ne peut jamais vaincre toute. Bonté de l’action en tant qu'aclion, puisqu'il a été dit que d’une certaine façon toute action est bonne. Bonté tenant à l’objet, dont la positivité communique sa valeur, alors même que, mal lié à la raison, il serait agent de malice. Bonté relativeaux circonstances, qui, en second, jouent lemême double rôle. Bonté relative aux fins auxiliaires, qui, tenant l’action sous leur dépendance, lui communiquent ce qu'elles ont de dévié ou de droit relativement aux normes morales *.

Reprenant donc, au sujet de l’action, la filière de raisonnements amorcée à propos de ses objets, on dira : L'action, en tant qu’action, a sa bonté en elle-même, étant sa fin à elle-même, étant la raison d’être de l’être, et par là se constituant /in en soi, ainsi que dirait Kant. L'acte premier, qui est l’être conçu à l’état statique, est fait pour l’acte second, ou opération.

Seulement cette considération est trop générale. Toutes les activités ne sont point pareilles ; elles s’échelonnent selon un ordre de dépendance, correspondant à à l’être évolutif qu'est l’homme. On agit selon ce qu’on est, et notre être est en marche.

L'activité de l’être achevé est la fin toute dernière ; c’est Le rù tèsov oo d’Aristote posé en son absolu, alors que l’homme, arrivé au terme du chemin terrestre (via), opérera d'une opération parfaite, se/on la propre

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