Ibid., art
de NE AE ER SRE à
40. — On pourrait s'étonner de cette sentence si l'on songe combien les piègés de l’orgueil sont nombreux. On en trouve au carrefour de toutes les vertus, comme à celui de tous les vices. Et à coup sûr c’est là une excuse pour des chutes qu’il est permis d'appeler des surprises.
41. — Mais s’il s’agit de péchés délibérés, il n’en va plus de même. C'est à ce vice-là surtout qu’on pourrait appliquer le proverbe : Errer est humain ; persévérer est diabolique. Car s'il est difficile partout d'éviter des pièges, il est facile, ici, de résister à l’attaque ouverte. Qui peut refuser, froidement, de confesser son infirmité? Qui ne se reconnaît cendre et poussière ? Qui ne sait que
Dieu, au contraire, est notre tout, et que sa grandeur’ rend ridicule, autant que coupable, l’enflure d’un vain esprit? « Comment ton esprit s’enfle-t-il contre Dieu? » s’écrie Job (XV, 13) Et qui enfin ne peut mesurer la misère de ce qui excite l’orgueil des hommes ? « Toute chair est une herbe, ‘dit Isaïe (XL, 6) ef toute sa gloire est comme la fleur du champ ». Et encore : « Nos justices sont pareilles à un vêtement souillé » (LXIV, 6).
Pour le moral comme pour tout le reste, aucun prétexte n’est donc laissé à l’homme de s’enorgueillir. S'il le fait, c’est par une méconnaissance profonde, grave par conséquent si elle est réfléchie, de sa condition en face de la vie et de Celui qui la règle‘.
42. — Que si l’orgueil est de soi un si grave péché, il est naturel qu'il communique sa malice aux autres. Un mensonge est une faute; mais un mensonge fait par orgueil est une plus grande faute. L’homicide est un grand crime ; mais tuer par haine d’une supériorité est un plus grand crime, et ainsi du reste”.
LUS (LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN aie
13 — Enfin, l’orgueil élant ce qu ‘il est : une offense toute directe à l’ordre moral, on doit le dire le premier de tous les péchés non seulement en gravité, comme on vient de l'expliquer, mais selon l’ordre de causalité. C’est une racine universelle. |
On ne veut pas dire par là que l'orgueil, en tant que péché particulier, est inclus dans tout péché, ni que tout péché en provienne. Ce qu’on veut noter, c’est que sa fin particulière : la recherche indue de l'excellence, est le motif général qu’on retrouve distribué et spécialisé dans chaque vice et dans tous les vices.
Pourquoi pèche-t-on, sinon pour exceller, soi-disant, en quelque chose; pour enrichir son être; pour lui procurer, par un faux amour de soi, quelque perfection prétendue ou le guérir de quelque manque ? La recherche propre de l’orgueil est donc, au fond, la recherche de tout péché, bien que tout péché ne se la propose pas comme fin particulière. L’orgueil est donc, par ce biais, le premier detous les péchés, et, at d'intention, leur principe.
Que si l’on parlait des réalisations, c’est à la cupidité qu'on accorderait le principat ; car c’est l'argent mal gouverné qui est le moyen universel et comme le nourricier des vices !. É
On retrouve ainsi l'opinion relatée plus haut, d’après laquelle ce n’est pas assez d'appeler l’orgueil un vice capital. [l est bien pire, puisqu'il est le père de tous. « La superbe, dit Grégoire le Grand, est la reine des vices. Quand elle possède pleinement le cœur vaincu, elle le livre bientôt aux sept vices capitaux, ses lieutenants, afin qu’ils le dévastent. De là procèdent les multitudes des vices » *
1. Ibid, art. 7; Ia Ile, Q. LXXXIV, art. 2: Q. VIII de Malo, ad 1» et 160. 5 DS