‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 388 sur 440 · TI 11æ, Q. CLXVIT, art · texte numérisé non relu

TI 11æ, Q. CLXVIT, art

2. Ibid., resp. ad arg. Cf In IN, Sent., Dist. XXXV, Q. IL, art. 3, Qa III

“A CTEMPÉRANCE 524

3 ae pour Site les périls et nous procurer de vrais biens, pau tournér à mal en ce que, premièrement, on peut s’y absorber indiscrètement, négligeant pour cela des occupations nécessaires ou utiles. Deuxièmement et surtout, en ce que la curiosité des sens est souvent dirigée vers le mal. Qui regarde une femme en vue de la volupté; qui scrute la conduite du prochain par indiscrétion ou pour en médire, sont évidemment coupables.

C'est là ce que les docteurs chrétiens appellent, d’après l’Apôtre ([ Joan., Il), la concupiscence des yeux. Non que les yeux seuls ÿ soient intéressés ; mais parce que l’importance plus grande de ce sens-là pour connaître nous fait dire voir là où il s’agit aussi bien de palper ou d'entendre.

On se rend compte par là comment l'usage des sens appelé curiosité se distingue d'autres vices où les sens interviennent. Autre chose est jouir par le moyen des yeux, du goût, du tact, comme le font les voluptueux ; autre chose est jouir du connaître même, tel que le

procurent les sens. La preuve, c’est que cette dernière jouissance est parfois liée à de la douieur, et qu’elle est procurée quelquefois sans doute par les choses belles, douces, agréables ; mais souvent aussi par leurs contraires.

La question des spectacles se rattacherait à ce vice de curiosité. Spectacles voluptueux, qui inclinent à la mollesse, et spectacles cruels, qui endurcissent le cœur, sont également répréhensibles*.

D. — La RETENUE DANS LES GESTES.

Les gestes extérieurs, en tant que signe des dispositions du dedans et en tant que mêlés à notre vie de

A. La Je Q. CLX VIL art 2, cum resp. ad arg.; In IV Sené., Dist. XVI, Q. IV, art: 2, Q2 2

es, prêtent doublement à la surveillance dé là raison; au besoin à sa correction.

« Les dispositions de l'esprit, a dit Ambroise (De off. cüs, I, 18), se traduisent dans les attitudes du corps, et les ie de celui-ci sont comme une voix de l’âme.

Il y a sans doute des commandés par la nature

commune et par le caractère de chacun; mais ils ne sont pas seuls. Nos dispositions vertueuses ou vicieuses impriment aussi leurs modes. D'ailleurs, s’il y a quelque chose, dans la nature, qui déborde sur la raison, il faut que notre industrie l’amende, dit le même Ambroise (/bid.). Non qu’il faille apporter ici de l’artifice ; mais artifice et correction sont deux. « Ars desit, non desit correctio », dit encore cet auteur. ILest vrai qu’à cette tâche peuvent suffire les vertus déjà mentionnées : l’affabilité, en ce qui concerne autrui; la véracité, en ce qui touche la concordance des gestes avec les dispositions intérieures, etc. C'est pourquoi Aristote n'a pas affecté de vertu particulière à celte composition vertueuse de l'attitude.

Toutefois, il y abien là une rectitude spéciale à envisager ; donc, si l’on procède à une énumération complète, une vertu à part.

Son travail consistera proprement à nous faire mesurer nos gestes de la façon qui convient au sujet ; à ce qu'il est comme personne, comme rôle, comme âge, comme sexe, etc., et, d'autre part, de la façon qui convient au milieu, aux circonstances, aux personnes étrangères.

La beauté de l’action, son harmonie se rattache surtout à la première considération ; la seconde est relative au bon ordre. C’est ce qu’a voulu noter Andronicus, en distinguant ici deux sous-espècés désignées par ces mots: ornatum et bona ordinato, c’est-à-dire, ainsi qu'il s’en explique, la décence dans les façons d’être et la conve-

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