Ie, Q. XIX, art. 5, cum Comment. Cajet
"hr |GONSCIENCE MORALE | 2 + Or
le cas ne le jugement de conscience, porte avec soi.
ses caractéristiques et les impose par suite au vouloir‘.
8. — Reste maintenant à se demander si la thèse précitée entraîne d'emblée sa réciproque. Ayant dit sans restriction que cette volonté est mauvaise, qui fait le bien en croyant faire le mal, devra-t-on dire sans restriction aussi que cette volonté est bonne, qui fait le mal en croyant faire le bien ?
Saint Thomas ne l'accorde point. Il faut plus de conditions, dit-il, pour qu’une chose soit bonne, qu’il n’en faut pour qu elle soit mauvaise. Comme l’exprime le Pseudo-Denys, le bien sort de l’intégrité de ses causes, et le mal d’un défaut quelconque : Bonum ex integra causa ; malum ex quocumque defectu. Wseradonc naturel, à ce point de vue, qu'une action ne soit Jugée bonne que si elle est bonne à la fois en elle-même et dans la conscience, el qu'elle soit jugée mauvaise par le fait seul qu’elle l’est ou en soi ou dans la conscience. Il sera: naturel de la même façon qu’on n’appelle bonne absolument une volonté, que si son action est bonne absolument, c’est-à-dire en elle-même et dans l’idée que s'en fait celui qui la pose; qu’au contraire la déficience du bien ici ou là suffise à lui dénier cette qualification …. Pourtant, si cette solution ne veut pas contredire la précédente, elle doit se restreindre et se préciser; car il est universellement vrai qu'au fond et tout bien compté, la conscience, en bien comme en mal, est le seul juge.
Il faut donc distinguer les cas, et en marquer la signification morale.
En effet, en morale, toute erreur n’a pas le même caractère. Il y a l’erreur de droit et l'erreur de faut ; il y a, en droit comme en fait, l’erreur volontaire et l’erreur involontaire, qu’on peut appeler également vincible
4. Ia Ile, Q. XIX, art. à, ad 3%; Q. XVII de Verit., art. 4, ad 9v. 2, Ja IIæ, Q. XIX, art. 6, ad 1».
où invincible ; car cela est moralement vincible . dépend de notre vouloir, et invincible qui n’en dépend
point.
__ A parler en général, saint Thomas semblerait disposé à dire : L'erreur de fait excuse, tout au moins sous
certaines conditions; l’erreur de droit n’excuse point;
car chacun est tenu de connaître la loi morale‘
Mais à y regarder de plus près, on s'aperçoit que dans
les deux cas le jugement est le même. Si l'erreur de fait résulte d’une négligence ou d’une volonté perverse, elle n’excuse point, et si l’erreur de droit ne suppose ni malice ni négligence, elle excuse.
Les différences d'appréciation sont relatives uniquement à la facilité plus ou moins grande de l’erreur, en chacun de ces deux domaines. On croira facilement à une erreur de fait, parce que mille accidents peuvent la provoquer. On croira difficilement à une erreur pleinement involontaire, en matière de droit, du moins en ce qui concerne les prescriptions importantes de la loi morale.
Si un homme vient nous dire : J’ai tué un insulteur, croyant bien faire, on l’invitera à se former la conscience et on ne l'excusera point. Mais l’homme de bien qui dit : J'ai tué un homme à la chasse, croyant tuer un cerf, fera croire facilement à une fatalité.
Toujours est-il que dans les deux cas, on accuse ou excuse selon que d’une façon ou d’une autre, l'erreur invoquée est voulue ou n’est pas voulue.
‘On a dit plus haut” dans quelles conditions l'erreur affecte ou n’affecte pas le volontaire. La décision actuelle ‘est donc acquise. Ce n’est que par quiproquo que certains ont attribué à saint Thomas l’opinion excessive qui consiste à dire : La volonté n’est bonne que si elle
4. Quodl., NIIL, Q. VE, art. 3; Jbid, art. 15; Le Ilæ, Q. VL, art. 8. 2. Ch. IL, I |
adhère à à ce qui ai bien en soi en même temps que bien
aux yeux de la conscience. / Les phrases de l’Aquinate qui sonnent ainsi doivent
s’interpréter en harmonie avec sa doctrine générale. Le bien en soi ne doit pas y être compris comme un bien abstraitement pris, indépendamment de tout rap-
port avec la volonté du sujet; mais comme un bien dont le rapport au sujet ne se juge pas exclusivement par l’état de la raison au moment de l’acte.
S'il ya erreur, il ne suffit pas de dire : Erreur n’est
pas compte. Il faut voir si l’erreur est imputable. En ce -
cas, puisqu'il y a mauvaise volonté actuelle, habituelle ou interprétative, l’acte moral ne peut pas être jugé bon, ni davantage la volonté qui le pose. Dans le cas contraire, rien ne s'oppose à ce qu’il le soit; car l'erreur, pure de tout vouloir malicieux ou négligent, devient une cause de déviation tnvincible, et ce qui n’est pas en notre pouvoir ne nous juge point’.
C’est d’ailleurs ce que dit saint Thomas, bien que les termes dans lesquels il le dit puissent prêter à quelque trouble. Après avoir déclaré que l'ignorance du droit n’excuse point, il ajoute : « A moins qu’elle ne soit invincible, comme c’est le cas du furieux et du dément. » * Cette assimilation peut révéler un état d'esprit ; mais il ne convient pas d’y insister autrement. C’est un procédé de saint Thomas de citer ainsi des cas extrèmes, qu'il ne présente nullement comme
4, 12 Ile, Q. XIX, art. 6 ; Q. XVII de Verit., art. 3, ad 4w. Il est bon de remarquer que l'erreur invincible, prise exclusivement en tant qu'erreur, n'excuse pas toujours, puisqu'on a dit de l'erreur concomitante
qu’elle comporte quelquefois une malice interprétative. Or l’erreur con-.
comitante peut parfaitement être invincible. Je puis croire invinciblement que la proie sur laquelle je tire est un cerf, alors que c'est mon ennemi. Si avec cela je suis disposé à tuer mon ennemi à la première occasion, l'ignorance invincible où je suis relativement à son identité ne m'excuse point, tout au moins quant à l’acte intérieur. Les sanctions attachées à l’acte extérieur auront beau ne point courir, moralement je suis homicide.