Quodi. I, Q. XIT, art. 2, arg. 2, cum resp
B4k LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN exhaustifs. En tout cas, la doctrine reste, et beaucoup, aujourd’hui, auraient à en méditer les sentences.
9, — Faut-il conclure que l'acte mauvais en soi, mais que l'on croit bon d’une erreur invincible, est vertueux et méritoire? Assurément, selon les principes thomistes.
Beaucoup ont dit : Il est simplement excusé. Mais rien, philosophiquement, ne justifie cette demi-mesure.
Puisque la conscience, tout bien compté, représente la loi pour nous, se porter vers ce que dit la conscience,
c’est se porter formellement, sinon matériellement, vers:
la loi, et un tel mouvement ne peut pas plus être neutre qu’il n’est coupable.
On se rappelle que selon saint Thomas, il n’y a pas d'acte individuellement neutre. Si donc l’acte excusé de malice ne rentre pas dans le bien ex obyecto, il y rentre nécessairement ex circumstantia, ex fine, comme si quelqu'un, croyant bien faire, ment pour rendre service, ou en tout cas ex intentione boni, dans le cas où il n’y aurait pas de fin prochaine.
Ce ne sera pas à dire que l’objet de la volonté devienne bon parce qu’on le croit bon ; ni que la bonté objective et la bonté de l'intention soient sans lien. Mais de ce que l’objet en soi reste mauvais, il ne s'ensuit pas qu'il ne puisse Ôtre bon dans la considération de la raison, etc’est là qu’il joue son rôle vraiment ob7echf (secundum quod objicitur). D'où il suit que la volonté qui se donne à lui est formellement bonne, bien qu’elle ne le soit qu’accidentellement, en raison du défaut de correspondance normale entre ce qui est en soi et ce qu’appréhende notre intelligence.
De cette dernière restriction, il suit que si l’on mérite en faisant par erreur une mauvaise action, il ne serait pas précis de dire : C’est la mauvaise action qui est alors méritoire. Ce qui est méritoire, c’est la droite
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intention que pour ce cas, accidentellement. la mauvaise action représente. Il s'ensuit en second eu qu'on ne peut qualifier bonne sans aucune réserve (simpliciter) la volonté ainsi affectée. Elle est bonne en soi, en tant que volonté du bien; elle n’est pas bonne dans ses relalions avec le réel. Elle est bien disposée ; elle n’est pas bien placée. Sa bonté formelle, jointe à un manque de bonté dans l’objet qu’elle se donne, crée une imperfection de son cas.
I n’y a que pour Kant que cela pourrait ne point compter. Pour saint Thomas, qui ne met pas tout dans l'intention; mais qui be l'intention par l'objet, et, rnalement, par l’objet tout d’abord pris en soi, le bon état de la volonté suppose la correspondance de trois choses : Un objet bon en soi; une conscience qui s'y trouve conforme ; une détermination qui suit.
Toujours est-il que ia bonté formelle du vouloir, en cas d'erreur invincible, donne lieu à louange et à mérite, en dépit de restrictions nécessaires ‘.
10. — Reste à noter Le cas étrange, en apparence, de celui qui, ayant une conscience erronée par sa faute, en ce qu'il aurait pu et dû la former autrement, ne se trouve pas moins dans cette alternative : ou agir mal en suivant sa conscience, ou agir mal encore en ne la suivant pas. :
Mais cela prouve simplement qu en morale, comme dans la vie, un malheur ne vient jamais seul : « Uno inconventienti dato, necesse est alia sequi. »
L'homme qui cherche la vaine gloire, soit qu'il fasse par vaine gloire ce qu'il est tenu de faire, soit qu'il ne le fasse point, est coupable. Mais il dépend de lui de
4. Cf. Salmanticenses : De Vitiis et Peccatis, Disp. XIII, Dubium IV, I, no 45. « Quando ignorantia est totalis et aufert omnem formalem malitiam, non posse prædictum actum, per se loquendo, manere in individuo absque bonitate quisa, juxta principia D. Thomae, repugnat per se actus omnino in individuo indifferens. »
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redresser le vouloir initial. De même, une erreur repro-
chable affectant la conscience, il est fatal que la volonté tourne à mal; mais qu’on revienne de l’erreur, et tout pourra rentrer dans l’ordre‘. |
Que si l’on dit : Une erreur, même reprochable en son principe, ne peut pas loujours être déposée his et nunc, on répondra : Qu'on dépose tout au moins la mauvaise volonté qui s’y trouve incluse; qu'on se converlisse le cœur. Alors, de reprochable, l'erreur, sans laisser de persister, deviendra innocente.
11: — Somme toute, les décisions de saint Thomas relalives à la conscience droite ou erronée se résument en ceci : Le bien en soi est une règle en soi. Le bien selon nous (la volonté étant supposée droite) est une règle pour nous. Il ne faut pas croiser, et déclarer qu'un bien en soi se trouve par cela seul, hic et nunc, notre règle ; ni davantage qu’un bien selon nous en devienne Lo en soi.
Quand je vise au bien tel qu’il m’apparaît, je suis, en tant qu'agent volontaire, qualifié par le bien, quoique l’'objectivité du cas puisse être autre. Mème n'ayant pas suivi /a loi, J'ai pu suivre ma loi, et, comme sujet moral, être en règle.
Parler ainsi, ce n’est pas rendre la morale subjective : mais seulement la moralité du sujet, ce qui est tout naturel. La morale est une science des objets moraux, c'est-à-dire des actions considérées comme celles d’un agent idéal, placé dans des circonstances théoriques : rien d'étonnant à ce que ses déterminations n ‘atteignent point £e/ sujet moral, dont le cas est singulier ; qui est un être, et non pas « une proposition ». é
1.18 Ile, Q. XIX, art. 6, ad 3u ; Q. XVII de Verit,, art. 4, ad 8n,